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  • Les migrations

    Les migrations

    18 questions

  • 6.5.2010

    En Italie il a une forte baisse de naissances, et qu'elle est la conséquence de cette modernisation sur le mouvement migratoire ? (LAALILOU, 14 ans)

    D'un point de vue démographique, il y a un lien évident entre les naissances (on parle d'évolution naturelle de la population) et l'immigration dans le sens où un fort accroissement naturel devrait diminuer le recours à l'immigration et vice-versa. C'est dans une certaine mesure ce qui s'est passé en Italie : à l'issue de la seconde guerre mondiale l'Italie connaissait encore une population jeune relativement importante et a été un pays exportateur de main-d'oeuvre (émigration forte), entre autre vers la Suisse. Par la suite, l'Italie a connu une nette baisse de sa natalité et est devenue un pays d'immigration. L'immigration est venue compenser en partie le vieillissement de la population et a permis de maintenir un certain équilibre entre les classes d'âges. Il serait faux cependant de voir un lien automatique entre natalité et migration. La situation économique intervient en effet comme un facteur plus déterminant que la démographie pour expliquer les fluctuations migratoires. Ainsi, si l'Italie est passé du statut de pays d'émigration à celui de pays d'immigration dans l'après-guerre (tout comme la Suisse au XIXe siècle), elle le doit principalement à la prospérité de son économie.

    Etienne Piguet, Professeur, Institut de géographie IGG, Université de Neuchâtel

  • 4.5.2010

    bonjour. j'ai vu la fin d'un sujet sur france 5 dernièrement sur l'influence des vents sur les migrations: routes des bateaux, commerces d'esclaves. Mais j'aimerais en savoir plus. Pouvez-vous m'aider? Quelles influence ont eu les vents sur les migrations humaines? Merci! (gaetan, 17 ans)

    Les géographes se sont posés de longue date la question de l'influence des éléments naturels sur les mouvements migratoires. Ainsi le géographe Elysée Reclus considère-t-il au XIXe siècle que certains types de sols favorisent le nomadisme tandis que plusieurs de ses collègues mettent en avant une direction générale des migrations humaines allant de l'Est vers l'Ouest. On pourrait être tenté d'y voir une relation avec la direction de vents dominants mais on peine à envisager quel mécanisme l'expliquerait. Il est clair par contre que le règime des vents à une influence sur les itinéraires de la navigation océanique ce qui a eu un impact sur le peuplement du monde ancien (colonisation progressive par l'Homme des îles océaniennes p.ex.) et sur des mouvements de population plus récents (colonisation européenne des Amériques p.ex.). On s'accorde cependant aujourd'hui pour considérer que les éléments liés à l'environnement naturel ne jouent un rôle sur les migrations qu'en interaction avec des déterminants économiques et sociaux dont l'influence est souvent prépondérante. En conclusion, on peut dire que les effets des vents sur la migration des hommes sont sans commune mesure avec ceux qu'ils exercent sur les migrations d'autres espéces, les oiseaux en particulier !

    Suggestions de lecture:

    Donald S. Johnson et Juha Nurminen: La grande histoire de la navigation, National Geographic, 2009 Guy Baudelle: Géographie du peuplement, Armand Colin, 2009

    Etienne Piguet, Professeur, Institut de géographie IGG, Université de Neuchâtel

  • 27.1.2010

    Origine de la population étrangère en 2003 : Italie (22%), Serbie (14%), Portugal (10%), Allemagne(9%), Espagne(5%), Turquie(5%),

    France4(4%), autres pays européens(19%) & autres (12%).

    Quelles sont les causes de ces migrations ? (Cha, 19 ans)

    On observe actuellement trois grandes voies d'immigration : l'immigration liée au travail, le regroupement familial et l'immigration pour des motifs humanitaires (réfugiés, etc.). L'immigration liée au travail est un motif majeur d'entrée en Suisse pour tous les pays que vous mentionnez mais le regroupement familial joue aussi un rôle important et concerne souvent la famille d'une personne arrivée au titre de l'immigration de travail. L'immigration humanitaire ne concerne qu'une minorité d'immigrants (environ 5%) mais certains pays touchés par des troubles politiques ou par la violence sont (ou ont été dans le passé) plus concernés. Dans votre liste, il s'agit de la Serbie (nb. les personnes originaires du Kosovo ont souvent été inclues dans les chiffres pour la Serbie dans les statistiques Suisses) et de la Turquie. Dans ces deux régions, la Suisse a recruté de la main-d'oeuvre (principalement dans les années huitante) mais elle a aussi accueilli des exilés lors de crises politiques successives.

    Etienne Piguet, Professeur, Institut de géographie IGG, Université de Neuchâtel

  • 17.11.2009

    mes ancetres sont originaire de Meiner ( commune genevoise ) je possede tous les documents d'époque, pensez vous que ma famille puisse récupérer la nationnalitée Suisse malgré l'anciennetée de nos origines.

    D'avance merci Didier Favre (favred, 46 ans)

    Il est possible pour une personne ayant perdu la nationalité suisse de l'obtenir à nouveau (on parle d'une réintégration) mais ce n'est pas le cas si la personne n'a pas eu la nationalité à un moment de sa vie. Si ce sont ses parents qui l'ont perdue il y a une possibilité de naturalisation facilitée. Par contre, si seuls les ancêtres sont suisses, il faut passer par la procédure de naturalisation ordinaire. Pour plus d'information vous pouvez consulter :

    http://www.bfm.admin.ch/bfm/fr/home/themen/buergerrecht.html

    Etienne Piguet, Professeur, Institut de géographie IGG, Neuchâtel

  • 15.9.2009

    Plutôt que de laisser l'Italie criminaliser ses immigrés clandestins, peut-on imaginer une solution concertée avec les autres pays européens? (Tito, 50 ans)

    La criminalisation renvoie à un concept criminologique relativement univoque dans son acception. Il s’agit en fait d’un processus durant lequel un comportement ou un individu est transformé en crime (ou comportement déviant) ou en criminel. Il existe alors plusieurs facteurs pouvant amener cette transformation. La pauvreté, le chômage, le manque d’intégration sociale et professionnelle en sont quelques exemples. Toutefois, mettre le gouvernement italien en perspective reste discutable car c’est en somme un processus compliqué et multifactoriel qui nécessiterait de repenser profondément toute la structure « d’accueil » des immigrés et la manière d’opérer avec les clandestins. En fait, comme mentionné plus haut, la criminalisation est un phénomène qui s’autodétermine par le besoin de se sortir d’une situation complexe comme par exemple la pauvreté et la précarité dans le cas des immigrés clandestins. Ainsi, afin de palier ce problème certains tombent dans l’illégalité (le vol, la fraude, la violence en sont les exemples communs). N’oublions pas au passage que ce qui est considéré comme « criminel » est intrinsèquement lié à la justice pénale. Sachant qu’une personne criminelle verse dans une spirale psycho-sociale déviante, il lui est parfois très difficile d’en sortir (de par ses nouvelles fréquentations, besoins ou autre). Dès lors, d’un point de vue socio-criminologique, rien ne dit qu’une structure concertée au niveau européen soit la panacée, d’autant plus que cela reviendrait à repenser les questions de citoyenneté, problématique d’ores et déjà très discutée tant politiquement que scientifiquement.

    Julien Niklaus, sociologue spécialisé dans la criminalité et délinquance, MAPS, UniNe

    Il faut effectivement utiliser le terme ‘criminalisation’ avec prudence : si l’on parle de clandestinité ne se trouve-t-on pas déjà dans l’illégalité et donc dans la criminalisation de par la législation commune à tous les Etats européens ? Se pose alors la question de la différenciation juridique entre être clandestin, illégal… et donc criminel ?

    Mais examinons la question de l’immigration dans l’espace européen, et spécifiquement le cas italien que vous mettez en exergue dans votre question. L’Italie s’est effectivement fait vivement critiqué dernièrement par sa formalisation de la loi instituant le ‘délit d’immigration clandestine’, ce qui amène l’idée de ‘criminalisation’. Cette loi a été reconnue par plusieurs institutions comme une loi dangereuse pour la démocratie.

    Or, au niveau européen, il y a déjà un effort de concertation mais qui tend également vers une criminalisation du clandestin.

    Pour revenir à votre question, certains points sont à soulever. Une première constatation est que les portes de l’Europe se trouvent au Sud de part la provenance majoritaire de migrants clandestins. Or les voies maritimes sont moins faciles à contrôler, ce qui met les pays tels que l’Espagne, la Grèce et l’Italie au premier rang de l’arrivée massive de migrants. Par voie de fait, l’Italie et la Grèce on récemment durcit considérablement leur politique d’immigration. L’exemple de la Grèce est aussi frappant, ils ont décidé d’appliquer une tolérance zéro.

    ‘L’harmonisation européenne s’est déjà faite à travers les accords Schengen-Dublin (I et II). Ces accords ont comme but avoué la maîtrise des flux migratoires dans le domaine de l’asile. Cependant, l’harmonisation des mesures sécuritaires en Europe avance très rapidement, contrairement au droit d’asile’, comme le souligne Sonia Lokku, responsable du pole solidarité internationale à la CIMADE . «Le règlement Dublin II prévoit que la demande de droit d'asile soit effectuée dans le pays où les clandestins sont arrivés, or ces pays-là, comme l'Italie ou la Grèce, ont un taux de reconnaissance très faible», regrette-t-elle.

    La législation européenne qui choisi ses migrants et est dépassée par l’afflux de migrantEs venant de pays en crise, les ressortissants des pays dit ‘du Sud’ ne peuvent se rendre en Europe de manière légale (à moins d’être hautement qualifié). Ils arrivent donc par définition de manière illégale. Or même sans reconnaître le délit d’immigration clandestine formellement, il y a des signes précurseurs de criminalisation de la migration clandestine dans toute l’Europe. Un exemple de pratique commune à la plupart des pays européens serait celui du maintient en détention des requérants d’asile déboutés en vue de leur expulsion, c’est également une manière de l’inscrire au rang des criminels en l’incarcérant.

    Giada de Coulon, assistante doctorante en ethnologie, Maison d’Analyse des Processus Sociaux, Uni NE

  • 31.3.2009

    quelles sont les conséquences de l'immigration sur les pays d'acceuil? (barbie, 19 ans)

    Les conséquences sont évidemment multiples ! Les conséquences économiques et démographiques sont celles qui ont été les plus étudiées et pour lesquelles les résultats sont les plus clairs :

    Conséquences économiques : l’immigration accroît le nombre de personnes sur le marché du travail, ceci rend l’économie plus productive et augmente la richesse du pays dans son ensemble. Evidemment il y a aussi plus de concurrence pour les résidants du pays, surtout en période de chômage. De nombreuses études montrent cependant que, le plus souvent, le bilan d’ensemble est favorable : les immigrants ne prennent pas les emplois des résidants et au contraire le dynamisme accru de l’économie crée des emplois. On considère aussi que l’immigration accroît le dynamisme économique par l’arrivée d’idées neuves et créatrices. De nombreuses entreprises ont ainsi été fondées par des immigrants.

    Conséquences démographiques : l’immigration est souvent formée de personnes jeunes ce qui tend à faire diminuer l’âge moyen et à augmenter le nombre de jeunes par rapport aux personnes âgées. Ceci à des conséquences favorables sur le financement des assurances de retraites. Evidemment les immigrants deviendront âgés eux aussi un jour mais ils ont souvent plus d’enfants ce qui contribue aussi au rajeunissement de la population. Ceci dit, voir dans l’immigration une solution suffisante au vieillissement de la population est une illusion.

    Pour plus d’informations sur le cas de la Suisse vous pouvez consulter : Piguet, E. 2009: L'immigration en Suisse - soixante ans d'entrouverture. Lausanne: Presse polytechniques romandes - Collection "Le Savoir Suisse" (parution en avril).

    Etienne Piguet

    Professeur

  • 19.3.2009

    J'avai demander le nombre d'immigrants en Suisse et en France en oubliant que je voulai la réponce en pourcentages...donc, c'est quoi le nombre d'immigrants en Suisse et en France en pourcentage? (.:choupinette:,, 14 ans)

    La proportion d’immigrants (personnes nées hors du pays) par rapport à la population est de 22.9% en Suisse et de 10.7% en France.

    Source: Population Division of the Department of Economic and Social Affairs of the United Nations Secretariat, Trends in Total Migrant Stock: The 2005 Revision http://esa.un.org/migration.

    Etienne Piguet

  • 11.3.2009

    En 2009,combien de réfugiés y a t-il dans le monde? (fleurDanges, 15 ans)

    L’effectif des personnes déplacées pris en considération par le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU a connu un accroissement massif à l’échelle du monde. De 2,1 millions en 1951, il passe à 10,2 millions en 1981 et 20 millions en 2000 pour atteindre 31,7 millions à fin 2007. Les chiffres 2009 ne sont pas connus mais sont certainement proches de ceux de 2007. Un tiers de ces personnes sont considérées comme des réfugiés au sens de la Convention de l’ONU sur les réfugiés (11,4 millions). La Suisse, avec 46'000 réfugiés environ, et les pays développés en général, ne supportent à cet égard qu’une part modeste du fardeau de l’accueil.

    Etienne Piguet

  • 10.3.2009

    Quelles sont les principales causes des migrations internationnales? (manam, 25 ans)

    Les causes des migrations sont multiples. On en distingue souvent quatre principales : 1/ les migrations visant à une activité économique, un meilleur salaire ou un meilleur emploi, 2/ les migrations liées à la situation politique ou visant à fuir la violence, 3/ les migrations de regroupement familial ou liées à un mariage, 4/ les migrations d'étudiants et liées à la formation. L'an dernier en Suisse (2008), on estime que, sur 157'000 immigrants, la moitié avaient des motifs principalement économiques, un tiers des motifs familiaux, 10% des motifs liés aux études et 5% des motifs politiques ou liés à la violence dans leur pays. Il est clair cependant que ces différentes causes se combinent entre elles et qu'une personne peut chercher un emploi à l'étranger tout en souhaitant retrouver sa famille et échapper à un régime autoritaire.

    A l'heure actuelle les migrations liées à des dégradations environnementales retiennent de plus en plus d'attention. Mis à part des cas exceptionnels (Tsunami, accident nucléaire, etc.), la dégradation de l'environnement est rarement le seul facteur déclencheur des migrations et se combine avec d'autres causes sociales, économiques et politiques.

    Etienne Piguet

  • 9.3.2009

    Quelles sont les causes et effets des migrations? Et qui en profite le pays d'acceuil ou le pays en developpement? (salax, 15 ans)

    Les causes des migrations sont multiples. On en distingue souvent quatre principales : 1/ les migrations visant à une activité économique, un meilleur salaire ou un meilleur emploi, 2/ les migrations liées à la situation politique ou visant à fuir la violence, 3/ les migrations de regroupement familial ou liées à un mariage, 4/ les migrations d'étudiants et liées à la formation. L'an dernier en Suisse (2008), on estime que, sur 157'000 immigrants, la moitié avaient des motifs principalement économiques, un tiers des motifs familiaux, 10% des motifs liés aux études et 5% des motifs politiques ou liés à la violence dans leur pays. Il est clair cependant que ces différentes causes se combinent entre elles et qu'une personne peut chercher un emploi à l'étranger tout en souhaitant retrouver sa famille et échapper à un règime autoritaire. Les conséquences de ces migrations pour le pays d'origine et le pays d'accueil sont très variables. Elles peuvent être économiquement négatives (pour le pays d'origine si une personne très bien formée part à l'étranger p.ex. - pour le pays d'accueil si la personne ne travaille pas et engendre des coûts d'assistance). On considère cependant que les conséquences sont plus souvent bénéfiques, tant pour le pays d'accueil (qui bénéficie de nouvelles "forces vives") que pour le pays d'origine (par exemple grâce aux transferts de fonds ou de connaissances que le migrant effectue.

    Etienne Piguet

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De quand datent les premières grandes migrations économiques?

De tout temps, les hommes ont migré pour diverses raisons, que nous pourrions souvent qualifier d'économiques. Cependant, l'industrialisation est à l'origine des grands flux migratoires de l'est et du sud de l'Europe vers la France, la Suisse, l'Allemagne ou encore vers l'Amérique (États-Unis notamment).

C'est en particulier entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale que des courants très importants se développent, encadrés par différents intermédiaires (agences privées ou étatiques). Durant cette phase de forte croissance économique, pratiquement aucune barrière légale ne vient entraver le recrutement de migrants. Ces hommes, mais aussi ces femmes, sont engagés pour participer au développement des infrastructures (routes, tunnels, chemins de fer), à la modernisation urbanistique (de nombreux bâtiments importants, encore visibles aujourd'hui dans la plupart des centres-villes suisses, datent de cette époque) et à la concentration du travail en usine. Dans un contexte de développement des États-nations, les premières tensions entre populations locales et étrangers se manifestent violemment (émeutes anti-italiennes de Zurich en 1896, ou, en France, d'Aigues-Mortes en 1893).

Les difficultés économiques et sociales de pays encore essentiellement agricoles expliquent aussi une politique d'émigration active, comme dans le cas de l'Italie.

La Première Guerre mondiale met un terme à la liberté quasi-illimitée des migrations. Le conflit voit l'introduction de mesures de contrôle des mouvements de population, mesures qui seront renforcées et ancrées dans les législations durant l'entre-deux-guerres: quotas d'immigration aux États-Unis en 1921 et 1924, Loi sur le séjour et l'établissement des étrangers en Suisse de 1931, par exemple. Les troubles politiques et économiques de cette période ne favoriseront pas les migrations. Ce n'est qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et durant toute la période des «Trente Glorieuses» (1945-1975) qu'elles reprendront, pour atteindre à nouveau les pics des années 1880-1914.

Francesco Garufo, Institut d'histoire, Université de Neuchâtel

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