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  • Les émotions

    Les émotions

    118 questions

  • 3.5.2012

    En visionnant les interviews de médecins que vous avez réalisés, j' ai bien compris la différence entre trouble bipolaire et personnalité borderline. Est-ce qu' un "état limite" est une ancienne appellation pour personnalité borderline(de même que trouble bipolaire et psychose maniaco-dépressive sont des termes qui recouvrent la même maladie)? Sinon quelle est la différence entre "un état limite" et une "personnalité borderline" ? (aile, 35 ans)

    La notion d'état limite devient populaire dans la littérature psychanalytique du milieu du 20ème siècle.

    Elle se réfère à un fonctionnement de la personnalité qui ne peut être considéré comme typique de la névrose ou de la psychose. C'est un fonctionnement à la frontière de ces deux grandes structures de personnalité (d'où état limite). Initialement ce diagnostic est utilisé pour décrire des personnes qui au premier abord semble présenté un fonctionnement de type névrotique mais qui sous l'influence de certains stresseurs internes ou situationnels se décompensent sur un mode psychotique.

    La notion d'état limite fait son entrée dans le manuel diagnostic des troubles mentaux (DSM) dans les années 1980, dans la catégorie des troubles de la personnalité. Ce manuel classe les troubles mentaux selon une approche sémiologique (ensemble de signes cliniques) et non en fonction d'une évaluation du fonctionnement psychique comme le voudrait une approche psychodynamique. En français on utilise généralement le terme borderline pour se référer à un diagnostic posé sur la base des critères du DSM-IV-TR . Certains diagnosticiens francophones préfèrent néanmoins réserver l'usage du terme "état-limite" à un niveau d’organisation de la personnalité (mais pas tous les praticiens opèrent cette distinction). Il en découle qu'une personne puisse présenter des traits états-limites sans adopter des comportements caractéristiques du trouble de la personnalité de type borderline.

    Néanmoins, en anglais cette distinction terminologique est inexistante et c'est le type d'approche diagnostique (sémiologique ou psychopathologique*) utilisée qui permet de savoir de quoi on parle.

    *La psychopathologie contrairement à la sémiologie (purement descriptive) propose un modèle explicatif du fonctionnement psychique qui sous-tend une manifestation comportementale morbide.

    Stéphane With,UNIGE

  • 26.3.2012

    Bonjour,

    Dernièrement, j'ai vu un reportage sur la relation que les gens peuvent avoir avec les objets. Dans ce reportage, le commentateur disait qu'on pouvait tomber amoureux de certains de nos objets. Comment cela se fait-il? Quels processus se déclenchent dans le cerveau pour que cette relation puisse exister?

    Ma deuxième question porte sur la musique et les émotions qu'elle peut susciter. Comment notre cerveau appréhende-t-il la musique pour générer des émotions? Quelles émotions ont été clairement identifiées par rapport à l'écoute de la musique? Quelles sont les études qui me permettraient d'approfondir cette recherche?

    Merci de votre réponse (zouzou, 26 ans)

    Nous ne sommes toujours pas en mesure de dire quelles émotions sont 'clairement' suscitées par a musique, par contre ce que nous pouvons dire c'est que la nature des émotions induites par la musique (émotions esthétiques) est différente des autres émotions (émotions utilitaires). En effet, normalement nos émotions sont le résultat d'une évaluation rapide que nous faisons aux événements qui se produisent dans notre monde interne ou externe en termes de leur pertinence pour nos buts et besoins, leur implication pour notre bien-être et système normatif, et notre capacité à y faire face, le tout ayant des répercussions presque immédiates et synchronisées sur notre système nerveux, expression motrice, envie d'agir et prise de conscience (c'est cette partie que nous appelons 'sentiment'). Comme la musique, en tant qu'objet, n'a pas de répercussions ni sur notre bien-être, ni nos but ou nos besoins, il est clair qu'elle n'induit pas tout à fait les mêmes émotions qu'on a l'habitude d'explorer. Par contre il est tout aussi clair que beaucoup de personnes ressentent des changements plus ou moins forts dans leur systèmes nerveux périphériques et centraux, leur envie de bouger et des sentiments majoritairement agréables à l'écoute de la musique qu'ils reportent lorsque nous faisons des études et sur le terrain et en laboratoire. Donc une grande partie de notre travail consiste à essayer d'élucider les mécanismes qui suscitent ces émotions esthétiques qui, de toute évidence, sont différents des mécanismes 'traditionnels' et ceci fondamentalement au niveau cérébral.

    Carolina Labbé, Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, Université de Genève

  • 13.2.2012

    Bonjour,

    je me demandais si le rire est considéré comme une émotion dans la plupart des approches psycho-biologiques? est-il considéré, dans le cas d'une lecture d'un texte "comique" par exemple, comme un procédé en deux temps : 1) distanciation = absence d'émotion (aphorie) 2) gaieté, plaisir = émotion (euphorie) ?

    Merci (vanessa, 20 ans)

    Bonjour,

    D’un point de vue psychologique (Martin, 2007; Ruch, 2007; Suls, 1972) l’humour est en effet conçu comme un processus à deux étapes, avec en premier la détection d’une incongruence, qui sera dans un deuxième temps résolue de manière ludique, en reconnaissant sur quels mécanismes logiques la blague est basée (p.ex. analogie ou exagération). Cette résolution est souvent accompagnée d’une sensation d’amusement/hilarité, et d’une expression de sourire voir rire.

    D’un point de vue neurobiologique, un réseau de structures cérébrales serait impliqué dans la perception de stimuli humoristiques. Des études en neuroimagerie fonctionnelle (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, ou IRMf) ont souligné l’importance, surtout dans l’hémisphère gauche, de la jonction temporo-pariétale, le pole temporal, et le gyrus frontal inférieur.

    Deux études sont fort intéressantes et instructives au sujet des aires cérébrales sous-jacentes à la fois à l’expérience d’amusement, et au même temps à la production de sourires et rires.

    Fried et collaborateurs (1998) ont étudié une patiente de 16 ans, et Krolak-Salmon et collaborateurs (2006) décrivent une patiente de 19 ans. Dans les deux travaux il s’agit de personnes souffrant d’épilepsie, à qui on avait implanté des électrodes dans plusieurs parties du cerveau pour mieux déterminer les aires d’où provenaient les attaques. De manière importante, les attaques ne comportaient jamais des phénomènes de rires ou sourire incontrôlé.

    Ce que ces deux études démontrent de manière tout à fait convaincante est qu’en stimulant par courant électrique une petite partie (2 x 2 cm) du cerveau préfrontal gauche (appelée pre supplementary area, ou pre-SMA) génère chez les patients (qui sont éveillés et conscients) des sourires et – à des courants de plus forte intensité – aussi des rires. Il est important de noter que ces rires et sourires étaient également accompagnés de sentiments d’amusement, joie, et hilarité.

    Krolak-Salmon et collègues ont ensuite enregistré l’activité neuronale dans la même zone, pendant que la patiente devait déterminer le genre de visages présentés sur un écran. Les visages avaient différentes expressions émotionnelles. Les réponses neuronales aux visages de joie étaient significativement plus importantes que celles aux visages avec une expression neutre, de peur, dégout, ou surprise. Ces résultats suggèrent que la pre-SMA est aussi impliquée dans la reconnaissance d’expressions faciales de joie perçues chez autrui.

    Donc, sur la base de ces deux études, la pre-SMA joue un rôle important dans la reconnaissance et la production de sourires et rires, et si activée peut engendrer également des sensations d’amusement et hilarité.

    En résumé, il n’y a malheureusement pas beaucoup de connaissances au sujet des processus psycho-biologiques sous-jacents au rire, car il n’y a pas eu énormément d’études é ce sujet. On sait qu’il y a différents types de pathologies qui amènent à des attaques de rires incontrôlables. Ces phénomènes sont le plus souvent causés par lésions d’aires sous-corticales (hypothalamus) ou du lobe temporal, et ne sont généralement pas accompagnés par des sensations d’amusement. Au contraire, la pre-SMA dans le cortex préfrontal gauche semble être impliquée (au moins chez deux sujets épileptiques) dans la genèse d’émotions d’amusement et dans l’expression de rire/sourire (rire et sourire ne seraient alors que deux points sur un même continuum). Néanmoins, les études en IRMf chez des sujets sains trouvent un réseau de structures corticales impliquées dans la perception d’humour et le ressenti d’amusement. Ce réseau ne comprend pas toujours la pré-SMA.

    Dr Sebastian Korb, NCCR Affective Sciences - CISA, UNIGE

  • 25.1.2012

    Que n'a-t-on pas encore dit/écrit sur les émotions ?

    Depuis que le monde est monde, chacun y va de son couplet. Celui-ci pour déclarer sa flamme, celle-là pour revendiquer l'égalité. On inversement.

    Que peut-on attendre comme évolution dans le domaine des émotions dans ce siècle ?

    Merci (Capucine)

    Comme vous le dites, les émotions touchent les aspects fondamentaux de notre vie, privée et collective. Cela explique la raison pour laquelle, depuis la plus haute Antiquité, les philosophes, les artistes et les médecins se sont tant intéressés à ce problème. Toutefois, chaque période historique regarde à ces aspects dans un cadre théorique et pratique différent et avec des outils conceptuels et techniques qui changent. Par conséquent, les regards changent aussi et on explique différemment le sujet d’étude. Ce qui change également, c’est l’importance donnée aux émotions dans les relations interpersonnelles, par exemple il s’agit de dire s’il faut les réprimer ou plutôt les développer et les exprimer librement.

    Au XIXe siècle, par exemple, on a remplacé l’ancienne catégorie des « passions de l’âme » avec la catégorie plus scientifique d’émotions qui, elle, touche essentiellement au corps. La révolution darwinienne a permis d’insérer l’expression des émotions dans la lignée de l’origine évolutive de notre espèce, et par conséquent proposer une nouvelle explication de l’importance des émotions dans notre vie. Au début du XXe siècle, le développement de la psychologie expérimentale d’un côté et de la psychanalyse de l’autre, a redéfini de manière profonde le domaine et a souligné l'importance des émotions dans la vie psychique comme dans la vie sociale.

    Enfin, ce n’est que depuis quelques décennies que le développement de l’imagerie biologique et médicale nous a fourni des moyens pour accéder à l’intérieur même des processus neurobiologiques qui constituent le fondement et la base du comportement émotionnel. Cette nouvelle forme de connaissance nous a permis de revoir presque intégralement la plupart des théories qui avaient précédemment été énoncées sur la nature des émotions, soit pour les refuser, soit pour le confirmer et le développer ultérieurement.

    En conclusion, la permanence d’une interrogation n’est pas un signe de manque d’intérêt ou de répétition inutile, mais elle est plutôt le signe de l’importance fondamentale des questions qui y sont liées. Plus les interrogations concernent les points fondamentaux, plus la réflexion sur ces questions est constante et permanente. Plus une question est fondamentale, plus elle reste présente à la réflexion et à la recherche scientifique: qu’est-ce qu’est la matière ? Quelles sont les forces qui règlent et contrôlent le développement et le comportement physique de l’univers et le comportement d’un objet biologique ? qu’est-ce qu’est la justice ? Comment distinguer ce qui est bien de ce qui est mal ? Quelles sont les origines de l’univers et de la vie ? Pourquoi, et avec quel mécanisme, nous émouvons-nous face à un spectacle naturel éblouissant ou en écoutant de la musique particulièrement profonde ?

    Heureusement, nous ne cesserons jamais de nous interroger sur ces questions fondamentales et chaque réponse nous permettra de mieux les comprendre, sans jamais les saisir totalement.

    Pour le futur, on peut s’attendre à ce que les recherches en cours nous proposent de nouvelles interprétations, un renouvellement de notre façon de regarder à l’intérieur et à l’extérieur de nous-même.

    Bernardino Fantini, CISA, UNIGE

  • 13.1.2012

    QUESTION INEXISTANTE (71116)!

    Bonjour,

    Les émotions sont très utiles, voir indispensables!

    Tout d’abord, elles nous permettent d’évaluer une situation et nous aident à réagir, de manière plus ou moins rapide, à des événements agréables (comme l’amour ou la joie) ou moins agréables (comme le dégoût ou la peur). Ainsi, être en face d’une personne en colère va inciter l’individu à essayer de comprendre ce qui est en train de se passer et à réagir en conséquence. Les émotions nous aident donc à nous concentrer sur les aspects pertinents d’une situation à un moment donné.

    Elles impliquent souvent une modification de la réaction de notre corps. Par exemple, quand tu as peur, ton cœur bat plus vite ou quelques gouttes de sueurs peuvent perler sur ton front.

    Les émotions nous aident aussi lors de l’apprentissage et, plus spécifiquement sont utiles pour la mémoire.

    Finalement, elles remplissent une fonction de communication et nous aident à mieux comprendre les autres. Par exemple, elles nous permettent de reconnaître la colère sur un visage tout comme l’expression faciale et la voix d’une personne triste.

    Voici quelques références bibliographiques conseillées par des chercheurs du PRN Sciences Affectives et qui vous permettront d’approfondir le sujet :

    Kirouac, G. (1995). Les émotions. Monographies de psychologie. No 8, Presses de l'Université du Québec.

    (2ème édition)

    Channouf, A., Rouan, G. (Eds.) (2002). Emotions et Cognitions. Bruxelles : De Boeck Université.

    Magazine en français:

    Science et vie. Numéro Hors Série sur les émotions. Septembre 2005.

    Bonne lecture,

    Carole Varone, PRN Sciences Affectives

  • 4.10.2011

    Est-il possible d'être amoureux d'une personne du même sexe que soi sans être homosexuel, tout en sachant que l'on n'est pas particulièrement attiré physiquement par cette personne? (Anita, 16 ans)

    L’adolescence voit naître en nous des sentiments souvent très forts, nouveaux et parfois troublants, que l’on ne comprends pas nécessairement tout de suite. Tu peux être attirée par une autre fille parce que tu as pour elle des liens amicaux très forts, une vraie complicité qui n’ont pas forcément de rapports directs avec tes envies sexuelles. Tu peux également te questionner vis-à-vis de ta façon de regarder les filles de ton entourage, alors saches que tout le monde a besoin de se comparer afin de trouver son style, sa personnalité, son identité, et encore plus à l’adolescence. Les filles ont fréquemment des passions amoureuses pour celles de leur âge. Il y a aussi souvent un moment où l’on a envie d’explorer tous les possibles, sans préjugés. De toute façon, une expérience homosexuelle n’a pas forcément une influence sur ton orientation sexuelle. Si tu t’es aperçue clairement que c’est bien un sentiment amoureux qui est à l’origine de cette attirance pour ton amie, cela n’est peut être que temporaire, l’attirance homosexuelle n’est parfois qu’un passage… comme elle se révélera peut-être être ta veritable orientation sexuelle. Dans tous les cas, il faut bien que tu te dises qu’il n’y a pas de sexualité meilleure qu’une autre. La sexualité n’est pas une question de choix, et c’est aussi pour cela qu’on ne peut pas l’influencer au gré de sa volonté. On ne décide pas d’être hétérosexuel tout comme on ne décide pas d’être homosexuel. En dernière analyse, toi seul peut savoir savoir si, au plus profond de toi, tu te sens mieux avec une femme ou avec un homme, ce que tu ressens intimement et comment tu as envie de construire ta vie. Bien sûr tout cela peut prendre du temps à clarifier et rien ne t’oblige à faire un choix definitif sur tes préférences sexuelles parce que tu ressens un sentiment amoureux pour une personne de ton sexe.

    Dr Stéphane With, Université de Genève

  • 25.8.2011

    pourquoi rigole-t-on? Est-ce une hormone ou une reaction du cerveau eclairez moi s'il vous plait!! (lollaura, 12 ans)

    Bonjour,

    Tout d’abord, qu’est-ce que le rire ?

    Le rire est un comportement incontrôlable qui permet aux individus d’extérioriser leur bonheur. Cependant, le rire peut se retrouver, parfois, mélangé avec son contraire émotionnel, les pleurs, puisqu’ils sont étonnamment liés. Un certain Goethe disait même que : « Le rire et les pleurs sont cousins» (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008). Ainsi, dans certain cas, on peut pleurer, non à cause de son chagrin, mais par joie. Cette manière de s’exprimer englobe la musculature respiratoire, le larynx et les muscles faciaux (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008).

    Le rire est principalement déclenchée par l’humour, le chatouillement ou par le rire lui-même. En effet, comme le bâillement, le rire est contagieux, c’est-à-dire qu’il est communicatif. Il peut même, dans certain cas, amener à des épidémies de rire. Par exemple, en 1962, la Tanzanie a été touchée par cette curieuse forme d’épidémie. Environ un millier de personnes furent affectées ; quelqu’unes d’entres elles furent même hospitalisées pour raison d’épuisement (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008).

    Le rire est déclenché par l’activation de certaines régions cérébrales connues pour prendre en charge les expressions émotionnelles. Ces structures sont le système moteur servant à la mimique émotionnelle, mais également plusieurs parties du cortex (c’est-à-dire le « manteau » du cerveau constitué du corps cellulaire des neurones aussi appelés « la substance grise ») comme le gyrus cingulaire antérieur. Ces zones du cortex servent aux émotions humaines.

    Ainsi lorsque ces structures cérébrales dysfonctionnent, comme c’est le cas, par exemple dans la maladie de Parkinson, le rire peut être perturbé. De plus, il existe des rires dits pathologiques qui constituent des comportements incontrôlables et d’intensité anormale. Par exemple, on retrouve les rires dits « prodromiques » qui annoncent le début d’une attaque cérébrale et les rires dus aux médicaments, comme le gaz hilarant (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008). Ainsi, le rire peut être déclenché par une multitude de causes.

    Au niveau de l’organisme, il semblerait que le rire apporte de nombreux bienfaits. Par exemple, il permet de bien oxygéner l’organisme, de réduire le stress, de diminuer la pression artérielle, de faire travailler le diaphragme et même de renforcer le système immunitaire (Monique Lalancette et Léon René de Cotret, Rire, 2007).

    En conclusion, rire est un comportement très important à insérer dans notre quotidien.

    Julie Peron, Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, Université de Genève

    Références :

    C.W. HESS. Neurologie du rire, [En ligne], http://titan.medhyg.ch/mh/formation/article.php3?sid=33619 (Page consultée le 28 mars 2010)

    Lalancette, Monique et René de Cotret, Léon. Rire, [En ligne], http://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=rire_th (Page consultée le 28 mars 2010)

    RADIO-CANADA.CA. Le rire, [En ligne], http://www.radio-canada.ca/jeunesse/explorateur/sciences/index.asp?no_contenu=5940 ( Page consultée le 28 mars 2010)

  • 27.5.2011

    Bonjour. Ma question concerne nos émotions, leur gestion et leurs influences sur les relations interpersonnelles. Que pensez-vous de la méthode des chapeaux de couleurs pour prendre une décision dans un groupe ? En gros, il s'agit d'isoler, lors d'un tour de table, chaque aspect (émotionnel, créatif, positif, négatif, neutre, organisation) pour analyser une question sous différents aspects. Cette méthode désavantage-t-elle un type d'individu ? est-elle adaptable à toutes les cultures ? Merci (Olivia)

    Bonjour,

    La méthode des chapeaux de couleurs a été développée par Edward de Bono (1986) afin de rendre le processus de prise de décision en groupe plus constructif et efficace dans une atmosphère décontractée. Cette méthode vise à créer un espace offrant la possibilité de générer des idées créatives, nouvelles et inhabituelles. Six chapeaux de couleurs sont utilisés, chacun reflétant un point de vue différent. Tous les chapeaux sont « portés » consécutivement par les membres du groupe. L’ordre peut varier selon la décision à prendre. La méthode permet de poser le problème en considérant six points de vue différents. Il est aussi possible de remettre un chapeau pour faire avancer la discussion. Le chapeau blanc est le chapeau de la neutralité. En portant ce chapeau, les membres du groupe collectent de simples faits. Le chapeau rouge est le chapeau des émotions. Il permet de s’exprimer émotionnellement sur le problème sans avoir besoin de se justifier. Le chapeau noir représente la critique négative. Les membres du groupe se mettent en mode "prudence". Les risques et les dangers d’une idée seront discutés. Avec le chapeau jaune, les membres du groupe ont une perspective positive. Cette perspective optimiste souligne pourquoi une idée pourrait être un succès. Le chapeau vert est le chapeau de la créativité. En portant ce chapeau, les membres du groupe doivent penser de manière provocatrice et penser aux possibles alternatifs. Finalement, le chapeau bleu met en avant l’organisation. Les idées sont résumées et le processus de la prise de décision est structuré. Une vue d'ensemble est recherchée. Les chapeaux ne sont jamais attribués à des personnes (même si le comportement de certaines personnes pourrait inviter à faire une telle attribution).

    Pour arriver à la réponse à votre question : Un groupe peut être très divers, les membres peuvent avoir des formations différentes, des backgrounds culturels différents, et des traits de personnalité opposés. Il en résulte souvent des points de vue conflictuels. Les personnalités ne peuvent pas être changées et le tempérament de chacun des membres du groupe peut biaiser les décisions. Selon la constitution du groupe, une perspective peut être exagérée, par exemple en se focalisant sur les aspects positifs d’une décision et en négligeant les aspects négatifs. La méthode des chapeaux de couleurs réduit les inégalités de pondérations entre les divers facteurs pris en considération pour analyser une situation et force les membres du groupe à voir le problème sous six perspectives différentes. Alors, cette méthode désavantage-t-elle un type d'individu? Il me semble que c’est plutôt l'inverse, car les six points de vues seront consécutivement discutés (on ne parlera pas uniquement du point de vue mis en avant par une personne dominante du groupe). De ce fait, chaque membre du groupe apprend à penser de manière parallèle avec les autres. Bien appliquée, la méthode peut réduire les conflits et faciliter un échange positif, constructif et efficace en stimulant un mode de pensée plus ouverte. En principe, elle est applicable dans n'importe quelle culture, en supposant que les membres du groupe sont disposés à utiliser cette méthode.

    Personnellement, je trouve que la méthode des chapeaux de couleurs est bonne pour prendre des décisions en groupe, mais elle doit être d’abord introduite et exercée avant qu'elle devienne efficace. Et selon le problème et la décision à prendre, elle est applicable plus ou moins facilement. Cela vaut certainement la peine de l’essayer.

    Petra Schmid, NCCR Affective Sciences, Université de Neuchâtel

  • 16.5.2011

    La nostalgie est-elle une émotion ? (onceupon, 51 ans)

    Ulysse se languit sur la plage d’une île abandonnée. La nymphe Calypso l’a recueilli après son naufrage et le garde captif loin d’Ithaque, sa terre natale. Regardant la mer, il pense à sa patrie, cède parfois aux larmes, revient à la joie, au plaisir que le souvenir des siens suscite. Cette scène de l’Odyssée est emblématique. Elle met tout d’abord en lumière l’étymologie grecque du mot : nostos : « retour », et algos : « souffrance, douleur ». Ulysse en exil ne veut que regagner son foyer, sa famille, Pénélope et Télémaque. Elle présente, également, un autre plan, caractéristique de l’ambivalence de ce sentiment : Ulysse s’arrache à son présent malheureux et se réfugie dans sa mémoire, qui devient même, à ses yeux, une nouvelle patrie. Le passé restauré diffuse dans le présent comme un apaisement momentané.

    Oui, la nostalgie est une émotion, mais une émotion complexe. Elle est un mélange, un alliage fait, pour partie, d’un pan sombre, qui oscille entre la tristesse, le regret et l’ennui. On la qualifia même de maladie : au XVIIe siècle, « nostalgie » fut le nom donné à l’abattement pathologique dont souffrait certains mercenaires suisses venus combattre en France. On disait alors que le climat ne leur convenait pas, que les plaines autour de Paris étaient d’altitude trop basse pour leur nature montagnarde. Ils soupiraient loin de la cime des Alpes, le mal du pays au cœur.

    La nostalgie se teinte cependant d’un gris plus léger que la noire mélancolie. Elle ne saurait être uniquement négative. Ainsi que pour les émotions dites « primaires » (la colère, la peur, la surprise etc.), il peut surgir comme un épisode émotionnel et notre corps en ressent la piqûre, nos pulsations s’accélèrent, notre souffle peut être coupé. Mais le plus souvent l’épisode se prolonge, et non seulement la nostalgie peut indiquer une humeur, mais surtout elle devient un sentiment qui a une longue durée. Une photographie peut nous plonger dans un état nostalgique ; alors les objets autour de nous renvoient incessamment au passé – un passé que l’on sait perdu à jamais, mais que l’on revisite d’un coup d’œil qui se prolonge dans nos pensées ; notre sourire ou nos larmes traduisent ce mouvement.

    Julien Zanetta, Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, Université de Genève

  • 31.3.2011

    pourquoi pleure t on de rire? et pourquoi je n'ai jamais pleuré de rire même quand j'ai de longs fou rire? (fifi, 14 ans)

    Nous ne sommes pas encore capables de dire "pourquoi" on pleure lorsque l'on est triste ou lorsque l'on a une grande joie mais on sait un peu comment ça se passe. Lors d'une grande émotion (agréable ou désagréable) un réseau cérébral particulier appelé le système limbique est activé et un grand nombre de réactions corporelles se produisent. Notre coeur s'accélère, la respiration change etc... et des informations nerveuses sont également envoyées aux glandes lacrymales qui produisent les larmes. Un point important est que nous sommes tous différents au sujet de ces réactions, certaines personnes vont par exemple rougir beaucoup plus que d'autres, d'autres vont avoir un rire très particulier etc... Cette différence dans les réactions expliquerait que tu ne pleures pas de rire. Mais tout change....

    Dr Sylvain Delplanque, Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, Université de Genève

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Pourquoi rigole-t-on? Est-ce une hormone ou une réaction du cerveau. Eclairez-moi s'il vous plaît!!

Tout d'abord, qu'est-ce que le rire?

Le rire est un comportement incontrôlable qui permet aux individus d'extérioriser leur bonheur. Cependant, le rire peut se retrouver, parfois, mélangé avec son contraire émotionnel, les pleurs, puisqu'ils sont étonnamment liés. Un certain Goethe disait même que: «Le rire et les pleurs sont cousins» (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008). Ainsi, dans certains cas, on peut pleurer, non à cause de son chagrin, mais par joie. Cette manière de s'exprimer englobe la musculature respiratoire, le larynx et les muscles faciaux (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008).

Le rire est principalement déclenché par l'humour, le chatouillement ou par le rire lui-même. En effet, comme le bâillement, le rire est contagieux, c'est-à-dire qu'il est communicatif. Il peut même, dans certains cas, amener à des épidémies de rire. Par exemple, en 1962, la Tanzanie a été touchée par cette curieuse forme d'épidémie. Environ un millier de personnes furent affectées; quelqu'unes d'entres elles furent même hospitalisées pour raison d'épuisement (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008).

Le rire est déclenché par l'activation de certaines régions cérébrales connues pour prendre en charge les expressions émotionnelles. Ces structures sont le système moteur servant à la mimique émotionnelle, mais également plusieurs parties du cortex (c'est-à-dire le «manteau» du cerveau constitué du corps cellulaire des neurones aussi appelés «la substance grise») comme le gyrus cingulaire antérieur. Ces zones du cortex servent aux émotions humaines.

Ainsi lorsque ces structures cérébrales dysfonctionnent, comme c'est le cas, par exemple dans la maladie de Parkinson, le rire peut être perturbé. De plus, il existe des rires dits pathologiques qui constituent des comportements incontrôlables et d'intensité anormale. Par exemple, on retrouve les rires dits «prodromiques» qui annoncent le début d'une attaque cérébrale et les rires dus aux médicaments, comme le gaz hilarant (C.W. HESS, Neurologie du rire, 2008). Ainsi, le rire peut être déclenché par une multitude de causes.

Au niveau de l'organisme, il semblerait que le rire apporte de nombreux bienfaits. Par exemple, il permet de bien oxygéner l'organisme, de réduire le stress, de diminuer la pression artérielle, de faire travailler le diaphragme et même de renforcer le système immunitaire (Monique Lalancette et Léon René de Cotret, Rire, 2007).

En conclusion, rire est un comportement très important à insérer dans notre quotidien.

Julie Peron
Centre Interfacultaire en Sciences Affectives
niversité de Genève

Références:

C.W. HESS. Neurologie du rire, [En ligne], http://titan.medhyg.ch/mh/formation/article.php3?sid=33619 (Page consultée le 28 mars 2010)

Lalancette, Monique et René de Cotret, Léon. Rire, [En ligne], http://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=rire_th (Page consultée le 28 mars 2010)

RADIO-CANADA.CA. Le rire, [En ligne], http://www.radio-canada.ca/jeunesse/explorateur/sciences/index.asp?no_contenu=5940 ( Page consultée le 28 mars 2010)

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