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Les émotions
97 questions
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22.12.2009
mon médecin m'a dis que je fais de l'hyper-émotivité. après plusieurs recherche je n'arrive toujours pas à cibler ce que c'est.
qu'est ce que c'est ? (Corentin J., 17 ans)
Bonjour,
Il est important de ressentir des émotions, car elles sont le moteur de nos motivations, de nos intérêts, et de notre vie tout court. Une émotion surgit quand on perçoit (souvent de manière inconsciente) une chose qui est importante pour nous en termes de valeur intrinsèque, d’atteinte de nos buts, etc. et que cette perception installe toute une série de changements au sein de l’organisme. Une émotion forte (p.ex. la peur quand on traverse la rue sans regarder et on s’aperçoit soudainement qu’une voiture est en train d’arriver à grande vitesse) est liée à des changements physiologiques (changement du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de la respiration, de la sudation, de taux hormonaux, etc.) qui servent à nous faire réagir très rapidement (p. ex. en faisant un bond sur le trottoir). De plus, une émotion se reflète souvent dans notre posture, nos expressions faciales, notre ton de voix, etc., permettant aux personnes qui nous entourent de deviner nos états d’âmes, et de réagir de conséquence (un ami qui traverse la route avec vous, et qui n’a pas vu la voiture arriver, comprend qu’il y a danger dans votre visage; dans une autre situation le même ami peut vous soutenir et réconforter car vous exprimez de la détresse). Les émotions font toutes ces choses et d’autres encore, et elles sont donc importantes, voir nécessaires, à notre vie en tant qu’être humains.
Néanmoins, nous ne pouvons pas toujours suivre ce que nous dictent nos émotions, et la vie au sein d’une société et d’un groupe (la famille, les amis, ou la classe à l’école) requière une certaine régulation des émotions que ses membres peuvent vivre. On peut même dire que c’est grâce à la capacité humaine de réguler et contrôler ses propres affects et ses impulsions, que la vie de société est possible. Ainsi, on ne tue pas une personne parce qu’elle nous a mis en colère, ou on ne vole pas ce qui appartient aux autres (imaginez les résultats catastrophiques pour nos sociétés si tout le monde agissait de cette manière).
Il est intéressant de savoir que la régulation et la maitrise de ses émotions ça s’apprend. Par exemple, les enfants apprennent grâce à l’éducation qu’ils ne peuvent pas toujours avoir ce qu’ils veulent, ou qu’ils doivent pouvoir attendre avant de le recevoir.
La régulation émotionnelle requière l’activité de certaines zones à l’avant du cerveau (le cortex préfrontal), qui vont moduler l’activité des centres émotionnels du cerveau (comme l’amygdale, qui est plus ancienne dans l’évolution et se trouve au centre du cerveau). Le cortex préfrontal est un des derniers à se développer, et n’atteint pas son plus haut niveau fonctionnel avant la fin de l’adolescence. De plus, l’étude de patients atteints de lésions préfrontales nous a donnés également des informations sur le rôle de ces zones du cerveau dans la régulation émotionnelle.
Or, pour en revenir à votre question, votre médecin pourrait vouloir entendre que vos réactions émotionnelles sont démesurées, en tout cas de son point de vue. Ceci peut en principe avoir au moins deux raisons. Il se pourrait en fait que l’adolescence que vous traversez cause certains déséquilibres hormonaux, qui à leur tour pourraient amplifier ou en tout cas modifier vos réactions affectives. Une autre raison plausible d’un point de vue neuroscientifique serait que votre cortex préfrontal, nécessaire à la régulation émotionnelle, n’ait pas encore atteint son degré optimal de développement et d’interconnexion. A cause de cela il est possible que vos réactions émotionnelles, qui sont peut-être tout à fait appropriés et pas démesurées dans leur ampleur, vous n’arriviez pas à les contrôler suffisamment.
Mais finalement quelle que soit la cause, pour la plus part des personnes l’adolescence est une phase de vie difficile, qui comporte entre autres des humeurs changeantes, des sortes d’explosions affectives, des sentiments d’incompréhension (surtout envers les adultes), un corps qui devient adulte (parfois assez brusquement), la découverte de la sexualité, etc. Il me semble donc presque normal qu’il y ait aussi un peu d’hyper-émotivité au milieu de tout ça.
Maintenant, une bonne manière pour découvrir ce que votre médecin entend dire par hyper-émotivité est de lui poser la question directement. De plus, si vous pensez que vos réactions émotionnelles sont vraiment trop fortes (en tenant compte de la phase de vie dans laquelle vous vous trouvez), et que vous voulez travailler à mieux les comprendre et à mieux les maitriser, vous pouvez toujours demander pour l’aide professionnelle d’un psychologue, psychothérapeute, ou psychiatre.
Sebastian Korb, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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11.12.2009
bonjours, j'aimerais comprendre pourquoi j'ai constament des humeurs très changeante et que j'ai tendance à dramatiser des chose ne l'étant pas nécessairement, comme si j'aimais le faire, esse mauvais pour moi? je suis extrèmement sensible à ce qui se passe et analyse profondément les choses... (sarah2552, 17 ans)
Le Pôle de recherche national en Sciences Affectives mène des recherches principalement de nature fondamentale sur l'origine des émotions et leurs impacts sur le comportement humain et social. Nos chercheurs n'ont ainsi malheureusement pas la ou les réponses à apporter votre question, tout comme ils ne sont pas les plus compétents pour offrir des services de soutien psychologique.
Pour répondre à votre demande, nous vous invitons donc à consulter un conseiller spécialisé en psychologie qui vous offrira écoute, soutien et conseil et qui pourra, nous en sommes sûrs, vous aider. Carole Varone, PRN Sciences Affectives
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17.11.2009
Bonjour. On nous parle de plus en plus du lien entre les émotions et la chimie pour expliquer nos attirances, voire nos répulsions. La presse fait état de la sortie d'un kit pouvant mesurer la "compatibilité" de deux personnes en fonction des protéines présentes dans notre sueur. Ces études se baseraient sur des faits scientifiques. Peut-on vraiment ressentir des émotions différentes selon que les protéines soient "compatibles" ou "non" ? On pourrait généraliser ma question ainsi: quelle est la part de la science et de la fantaisie dans les émotions que nous ressentons vis à vis de l'autre ? Merci pour votre réponse. (Cachalot crû)
Bonjour, deux chercheurs du Centre Interfacultaire en Sciences Affectives (CISA) de l’UNIGE ont choisi de répondre à votre demande sous la forme d’une petite discussion, vous donnant ainsi différents points de vue sur la question :
Dr Sylvain Delplanque: Le test auquel vous faites référence mesure une certaine proximité génétique entre deux individus. Cette proximité est basée sur l'existence de molécules à la surface de nos cellules qui varient beaucoup d'un individu à un autre. Ces molécules (MHC) sont connues aussi pour être de bons marqueurs du Soi (en termes d'immunité). Quelques études ont démontré que les odeurs corporelles pouvaient aussi être différentes en fonction de ces molécules du Soi, ce qui signifie que l'on aurait une carte d'identité olfactive (nuançons toutefois le faible nombre d'études). Ceci étant dit, d'autres études, dont le nombre est encore plus faible, ont montré que des Femmes pouvaient préférer des odeurs d'Hommes dont l'odeur corporelle et donc les molécules du soi plutôt différentes des leurs.
Cela pourrait laisser croire que la préférence pour un individu est guidée par son odeur donc son Soi, donc son patrimoine génétique! Le raccourci est facile à faire, il est volontairement induit par les gens qui veulent faire du business de ce genre d'information mais il reste un raccourci trop rapidement fait. Soulignons deux points critiques pour tenter de rétablir un peu les faits. Premièrement, dans toutes les études aboutissant à ces conclusions, les Femmes jugeaient des odeurs en aveugle, c'est-à-dire avec l'odeur et uniquement l'odeur, dans un contexte de laboratoire très contrôlé. C'est très bien et même vital d'un point de vue scientifique lorsque l'on veut éviter l'influence du contexte pour mesurer si le phénomène peut exister. Toutefois, nous n'avons aucune donnée concernant l'efficacité d'un tel mécanisme dans la vie réelle! Est-ce que l'odeur va avoir son importance face à toutes les autres stimulations que va vous renvoyer l'autre, les nombreuses interactions que vous allez avoir avec, sa voix, son apparence, son comportement, son statut social etc... Bref aujourd'hui, nous n'avons aucune donnée montrant l'efficacité de l'odeur dans le choix d'un partenaire dans la vraie vie. Les études scientifiques démontrent simplement que le processus existe potentiellement.
Dr Camille Ferdenzi: Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ta position. Il existe des études par questionnaire qui montrent que (chez les femmes uniquement) l'odeur du partenaire est un critère de sélection plus important que d'autres critères sensoriels ou sociaux. De plus, il y a quelques études sur les couples déjà formés pour voir le nombre de gènes partagés et aussi le succès du couple : certaines montrent que les couples formés diffèrent sur leur molécules du Soi plus que des paires d'individus formées au hasard, et une étude montre que plus la proximité génétique est forte dans le couple, moins la satisfaction sexuelle est élevée, et plus le nombre d'infidélités de la femme est élevé. Bien sûr, les études à ce sujet sont rares et plusieurs de ces études sur les couples déjà formés ne montrent aucun lien avec la proximité génétique, donc on ne sait pas vraiment si ça marche dans la vraie vie. En bref, je n'aurais pas un discours aussi radical que toi sur cette question.
Dr Sylvain Delplanque: Le deuxième point rejoint le premier, il n'existe aucune étude montrant l'efficacité du test proposé dans le commerce pour prédire une bonne relation car bien évidemment il est très difficile de savoir ce qui peut prédire une bonne relation !
Dr Sylvain Delplanque et Dr Camille Ferdenzi, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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2.11.2009
Voilà, je suis une personne qui rêve presque tout le temps. Mes rêves sont parfois extrêmement fort. Or on me dit souvent arrête de rêvâsser, redescend sur terre. Suis-je malade où in-normal parce que je rêve sans arrêt ? (Jaski, 24 ans)
Il n'y a pas nécessairement conflit entre rêve et réalité. La recherche a révélé que les rêves sont la manifestation de processus cognitifs et affectifs qui traitent des mêmes préoccupations personnelles que la pensée diurne. Si un problème rencontré dans sa vie privée ou professionnelle n'est pas résolu de manière satisfaisante, il y a de fortes chances qu'il réapparaisse de manière transformée dans des rêves. Les transformations des souvenirs dans les rêves sont souvent l'expression de tentatives de résolution de problèmes qui opèrent de manière automatique et inconsciente.
Le fait que vos rêves soient très intenses peut vouloir dire que des questions importantes dans votre vie privée ou professionnelle "cherchent" une réponse. Il peut s'avérer utile d'analyser ses rêves afin de promouvoir la connaissance de soi et la créativité dans la résolution de problèmes. Dans cette optique, il peut être intéressant de consulter un "expert" de la pensée onirique, par exemple un psychologue/psychothérapeute qui s'est spécialisé dans ce domaine. Mais le plus important est de rester à l'écoute de ce que les inspirations nocturnes peuvent apporter à la poursuite du bonheur dans la réalité - un proverbe juïf dit: Afin de réaliser ses rêves, il ne faut pas dormir.
Dr Ralph Schmid, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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30.10.2009
Bonjour. Ma question concerne les émotions que l'on peut ressentir à distance par télépathie. Faut-il y croire où sont-ce là des balivernes ? Merci (tortue rousse, 23 ans)
Bonjour,
Le PRN Sciences Affectives mène des recherches scientifiques sur l'origine des émotions et leurs impacts sur le comportement humain et social. Nos chercheurs ne travaillent pas actuellement sur les émotions ressenties par télépathie et ne peuvent malheureusement pas vous donner la ou les réponses à votre question.
Meilleures salutations, Carole Varone, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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30.10.2009
Bonjour, s'il vous plaît j'aimerais savoir pourquoi on se sent mieux après avoir pleuré. Merci (thmny)
Bonjour,
Pleurer décrit le fait de verser des larmes. Les larmes sont des gouttes qui contiennent plusieurs substances comme des sels, des huiles, et même des anticorps et des enzymes. Les larmes sont produites en permanence et secrétées par les glandes lacrymales, situées à proximité des yeux. La fonction de base des larmes est de protéger et de maintenir l'humidité du globe oculaire. Leur sécrétion peut être fortement augmentée dans certaines situations. Ces dernières se divisent essentiellement en deux catégories : 1) les irritations des yeux dues à des facteurs externes, et 2) les fort états émotionnelles de l’individu.
Pleurer à cause d’irritations aux yeux dues à des facteurs externes
Ce type de larmes implique des réactions incontrôlables du type réflexe dues à la douleur physique (comme le fait de se cogner le genou contre un angle d’une table), ou à l’irritation des yeux (comme quand on coupe des oignons, quand on rentre dans un bar plein de fumée, ou encore quand il y a un vent froid qui nous pique les yeux). Pleurer par réflexe n’a en général pas de causes ni d’effets liés à nos pensées et à nos émotions. Verser ce type de larmes ne nous fait pas sentir mieux ou moins bien qu’avant.
Pleurer à cause d’états émotionnels
On peut aussi pleurer pour des causes affectives, c’est à dire des émotions et des humeurs. Par exemple, quand on ressent de la détresse parce qu’on a été rejeté par une personne que nous aimons, ou parce que cette personne est partie loin de nous pour un long voyage. Ou encore on peut pleurer de joie, quand quelque chose de merveilleux nous arrive alors qu’on ne s’y attendait pas.
Pleurer pour des causes émotionnelles n’est qu’un des multiples effets physiologiques que les émotions ont sur notre corps. D’autres effets sont, par exemple, les changements de la respiration, du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de la sudation, et du taux de diverses hormones (comme l’adrénaline ou l’oxytocine) dans le corps. C’est pour ça qu’on dit des choses comme « devenir rouge de rage », ou « trembler de peur », ou encore « sauter de joie ».
Ces effets physiologiques des émotions sur le corps utilisent le système nerveux autonome, qui se divise en système sympathique et système parasympathique. Le système sympathique est essentiellement impliqué dans les réactions de « fight or flight », c’est à dire de fuite ou combat. C’est par exemple ce qui se passe quand on rencontre soudainement un ours agressif dans la forêt, et que notre corps mobilise toute son énergie pour qu’on puisse fuir ou, s’il n’y a pas de possibilités de fuite, pour qu’on puisse nous battre. Le système sympathique est donc celui de l’action. Par contre, le système parasympathique est le système du calme et du repos. Il est par exemple actif après un bon et copieux repas, ou encore quand on se détend en prenant un bain chaud. Le système parasympathique permet la digestion et la guérison, et est donc complémentaire et tout aussi important que le système sympathique. C’est le système parasympathique qui nous fait pleurer pour une cause émotionnelle.
Même si on sait que des états émotionnels peuvent nous amener à pleurer, et même si on connaît une bonne partie des étapes physiologiques sous-jacentes, il est difficile de répondre à la question pourquoi pleurer nous fait sentir mieux.
Une des raisons possible est que le fait d’extérioriser, de « faire sortir » nos émotions, et donc d’évacuer une tension interne, nous soulage. Cette idée est ancienne, car déjà le philosophe Aristote (384-322 AC) avait décrit le concept de la catharsis, c’est à dire l'épuration ou purification émotionnelle par le moyen de la représentation dramatique. Selon Aristote la catharsis a lieu quand on vit des émotions fortes à travers les figures d’un spectacle ou d’une histoire tragique. Ainsi il serait possible de se libérer de ses propres pulsions ou angoisses. En d’autres termes, il est sain de nous identifier aux personnages d’un spectacle, d’un film, ou d’un bon livre, et de vivre à travers eux des émotions fortes. Pleurer quand il se passe quelque chose de très triste dans un film nous soulagerait donc de nos peurs et angoisses. En élargissant le concept de catharsis, on peut dire que l’expression de nos émotions, par exemple en pleurant, nous fait sentir mieux, et ceci indépendamment du fait qu’on s’identifie à des figures virtuelles (comme dans un film) ou pas.
Une autre raison liée au bienfait de pleurer est que l’on communique ainsi aux gens qui nous entourent que l’on se sent pas bien (à part quand on pleure de joie). Suite à cette manifestation, ces personnes peuvent nous aider et nous réconforter. Dans cette optique ça ne serait donc pas le fait de pleurer en soi, qui nous fait sentir mieux, mais plutôt les réactions de soutiens et réconforts que nos larmes et sanglotements déclenchent chez des tiers (surtout des amis et des membres de la famille).
Enfin il y a aussi des raisons purement physiologiques qui peuvent expliquer le fait de se sentir mieux après avoir pleurer. Ainsi les larmes qu’on verse quand on est triste sont chimiquement différentes de celles qui protègent nos yeux en continuité ou de celles qui sont secrétées quand les yeux sont irrités par des facteurs externes (mouches, vent, etc.). Les larmes émotionnelles contiennent plus d’hormones de stress, que les autres larmes, et permettent ainsi de réduire la concentration de certaines substances dans le corps. Une de ces hormones de stress est la prolactine, qui se trouve en plus forte concentration chez les femmes que les hommes. Comme on a trouvé que les taux de prolactine sont corrélés à la fréquence des pleurs émotionnels, il a été supposé que les femmes tendent ainsi à pleurer plus souvent que les hommes. Mais les facteurs culturels (le fait que ce soit socialement accepté de voir une femme pleurer, mais moins pour un homme) sont certainement également tout aussi importants.
Sebastian Korb, doctorant, Centre Interfacultaire en Sciences Affectives, Université de Genève
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27.10.2009
quelle e st la rélation entre la peur et le plaisir? merci (pippo, 40 ans)
D’un point de vue évolutionnaire, la peur et le plaisir représentent les deux pôles opposés du spectre des émotions. Même si les deux émotions jouent un rôle décisif dans la survie d’une espèce, leurs fonctions sont très différentes.
D’une part, la peur, en déclenchant des émotions négatives, nous permet d’éviter et/ou d’échapper à des situations dangereuses qui pourraient entraîner, dans les pires situations, la mort.
D’autre part, le plaisir renforce les émotions positives, comme celle, par exemples, liées à l’alimentation et à la reproduction.
Il est toutefois établi que, d’un point de vue anatomique, la peur et le plaisir sont associés à des systèmes cérébraux différents et impliquent des médiateurs chimiques distincts.
Néanmoins, des relations entre la peur et le plaisir existent dans certaines situations bien particulières.
Par exemple, quand une personne se sent coupable de ressentir du plaisir en se comparant à d’autres individus malades, pauvres, ou tristes, elle peut développer un état nommé « hédonophobie ». Celui-ci se caractérise par une peur du plaisir anormal, excessif, et persistant. A contrario, il est aussi possible d’associer des expériences positives avec la peur : par exemple l’addiction au risque ou bien le frisson recherché en regardant un film d’horreur. De tels comportements sont liés aux effets de l’adrénaline, une substance qui nous met dans un état de vigilance élevée quand nous nous trouvons face à un danger.
Pascal Vrticka, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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26.10.2009
Est-ce que la peur a une odeur particulière (pippo, 40 ans)
Bonjour,
Chez l'animal, il existe par exemple des phéromones d'alarme qui permettent à un individu de signaler aux autres membres de son espèce la présence d'un prédateur, à l'aide d'un message odorant.
Chez l'homme, des chercheurs ont récemment prélevé les odeurs corporelles de personnes ayant éprouvé de la peur et de personnes en situation émotionnelle neutre, en plaçant des compresses sous leurs aisselles. Les participants qui ensuite sentent ces odeurs sont apparemment capables de faire la différence entre l'odeur de transpiration "de peur" et l'odeur de transpiration "normale". De plus, lorsqu'on les expose à ces odeurs pendant la réalisation d'une tâche cognitive, l’odeur "de peur" améliore les performances (moins d'erreurs commises). Enfin, un visage sera évalué comme plus effrayé par un participant qui est exposé à cette odeur "de peur". Donc pour répondre à votre question, bien qu'on ne sache pas exactement comment s'exprime chimiquement le sentiment de peur dans la sueur humaine, on suppose qu'il existe bel et bien une "odeur de peur" chez l'homme.
Dr Camille Ferdenzi, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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20.10.2009
Bonjour, est-ce que les peuples de différentes cultures ressentent les mêmes émotions où y a-t-il des différences ? Peut-on par exemple dire que telle culture est associée à une sensibilité plus fine que telle autre ? Et si oui, comment peut-on l'expliquer. Merci. (Rosa, 23 ans)
Bonjour,
En théorie, les membres de différentes cultures sont capables de ressentir les mêmes émotions. De chercheurs ont montré par exemple de grandes similitudes entre cultures au niveau des réponses physiologiques pour certaines émotions dites 'de base' comme la peur ou la joie. Mais en pratique, il existe de nombreuses différences sur la façon dont les émotions sont exprimées. Par exemple, il est plus facile d'identifier une émotion sur le visage d'une personne de son propre groupe culturel que d'autres groupes, indiquant des nuances dans l'expressivité faciale des émotions. De plus, une culture peut disposer, pour désigner une émotion, d'un mot qui n'a pas d'équivalent dans un autre langage. Un mot existant dans deux langues différentes peut aussi désigner des ressentis légèrement différents. Enfin, il est important de savoir que les émotions ressenties sont plus ou moins ouvertement exprimées en fonction du contexte culturel : le contrôle des émotions dépend fortement des normes sociales (par exemple, exprimer sa colère peut être valorisé, car signe de force, dans une culture mais réprimé dans une autre car signe d'immaturité). Dr Camille Ferdenzi, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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12.10.2009
Bonjour, j'aimerais vous demander si le fait d'être très émotif (que ce soit de joie ou de tristesse) peut être associé à un état favorable pour le développement d'une dépression. Merci (Capucine, 42 ans)
Actuellement, nombre de recherches sont menées afin de mieux comprendre les facteurs de risque de la dépression. Parmi ceux-ci figure le tempérament, qui réfère à la façon dont un individu se comporte, ressens et pense. Le tempérament est relativement stable au cours du temps et à travers les différentes situations. Le fait d’être très émotif fait justement partie du tempérament. La propension à ressentir, à vivre des émotions négatives telles que la peur, l’anxiété, la tristesse, la colère témoigne d’une sensibilité aux événements négatifs. Cette sensibilité peut, elle, sous certaines conditions, constituer un facteur de risque de la dépression. Au contraire, la propension à ressentir des émotions positives, qui témoigne de la sensibilité aux événements positifs, constituerait un ingrédient essentiel du bien-être et donc un facteur protecteur. Ainsi, la dépression serait davantage favorisée par un déséquilibre entre ces deux sensibilités, ou, en d’autres termes, par le fait de ressentir des émotions négatives lorsqu’une situation ou qu’un événement négatif se présente mais de ne pas ressentir d’émotions positives lorsqu’une situation positive se manifeste. Laurence Messerli, Université Neuchâtel, PRN Sciences Affectives
Un doute? Demandez l'avis d'un expert!
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Comment ça se passe quand on tombe amoureux? Que se passe-t-il dans notre cerveau
Voici déjà quelques années que les scientifiques dans le domaine de la neurologie et de la psychologie s'intéressent à la question de l'amour. L'amour peut prendre plusieurs formes: le désir sexuel, l'état amoureux, ou l'attachement à long terme. Je parlerai plus particulièrement de l'état amoureux car c'est lui qui provoque les changements affectifs et cérébraux les plus importants. Sa forme extrême est le coup de foudre. L'état amoureux se caractérise par l'euphorie, des pensées envahissantes centrées sur l'autre, et un besoin irrépressible d'être uni à l'autre. L'état amoureux fait donc naître un sentiment puissant pour une autre personne, le plus souvent du sexe opposé. En l'absence de l'être aimé, l'amoureux se sent désespéré et quand l'autre revient, il devient euphorique. Cela fait dire à certains scientifiques que l'amour est une forme de dépendance transitoire. Il existe en effet plusieurs points communs entre l'état amoureux et la dépendance à des substances comme la drogue ou l'alcool. Bien-sûr, l'état amoureux est un sentiment normal, alors que la dépendance aux drogues est un grave problème. Mais dans les deux cas, il y a un dérèglement au niveau du système de récompense, c'est-à-dire du système qui permet à l'individu de déterminer la valeur positive ou négative des objets ou des personnes qui l'entourent. D'une certaine manière, l'autre manque à l'amoureux comme la drogue manque à la personne dépendante. Quand on est amoureux, c'est l'autre qui devient la principale source de plaisir. Les chercheurs ont aussi comparer l'état amoureux à une forme de trouble obsessionnel. Cela peut paraître étonnant au premier abord. Mais à y regarder de plus près, on constate que la personne amoureuse pense tout le temps à l'autre (en moyenne 4h par jour), et parfois n'arrive plus à dormir. L'autre devient une «idée fixe», comme dans l'obsession. Donc l'état amoureux est caractérisé par deux mécanismes psychologiques: la dépendance et l'obsession.
On connaît encore mal ce qui se passe dans le cerveau quand la personne tombe amoureuse. Mais l'on sait que les circuits de récompense fonctionnent principalement avec 2 neurotransmetteurs: la dopamine et les endorphines. Si on schématise, la dopamine est responsable de la motivation (ce qui nous pousse à agir pour obtenir une certaine récompense) et les endorphines provoquent le plaisir (la satisfaction quand on a obtenu la récompense que l'on cherchait). L'état amoureux implique certainement des changements au niveau des circuits neuronaux qui utilisent la dopamine ou les endorphines. Une hormone joue également un rôle important dans l'état amoureux, c'est l'ocytocine. Là encore pour simplifier, on peut dire que l'ocytocine est l'hormone de l'attachement. Elle joue un rôle central dans l'attachement de la mère à son enfant, et des études de neuroimagerie suggèrent qu'elle participe également l'attachement entre 2 personnes amoureuses. L'ocytocine aurait entre autre pour fonction de favoriser le passage de l'état amoureux, qui est transitoire, à une forme plus durable de relation.
Mathieu d'Acremont, Dr. en Psychologie









