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Les émotions
104 questions
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10.6.2010
Pourquoi est-on impatient ? (Yann, 35 ans)
Bonjour,
En préambule, je dirais que cette question est vaste et devrait être située dans un contexte plus précis. Je mexplique. Certaines personnes sont impatientes lors dévénements bien particuliers et pas du tout dans dautres contextes. Cependant, jessaierai de répondre de manière générale à cette interrogation.
Le dictionnaire « Larousse » donne la définition suivante de limpatience: cette dernière comprend une incapacité à supporter quelque chose, quelquun ; une incapacité à se contraindre ou à attendre (lorigine latine mise en référence, impatiens, provient de pati, endurer). Nous pourrions adjoindre à cette définition un aspect motivationnel, émotionnel qui exacerberait cette difficulté. Cette incapacité à supporter une attente, voire une frustration, peut provenir daspects de la personnalité, daspects situationnels, environnementaux (limportance donnée à lévénement en fonction dun but immédiat ou à long terme) et daspects éducationnels ainsi que culturels.
En premier lieu, la personnalité a donné lieu à de multiples définitions. Pour ma part, je mappuierai sur un modèle bien connu identifiant 5 traits de la personnalité : l«extraversion» (qui est définie par les tendances à ressentir des émotions positives, à agir, à rechercher des stimulations externes ainsi que la compagnie dautrui), le «névrotisme» (qui est identifiée par la tendance à ressentir plus souvent des émotions négatives, telles que colère, anxiété et dépression, appelé également labilité émotionnelle), le «caractère agréable» (qui est la tendance à montrer de la compassion ainsi quà coopérer au lieu davoir une attitude suspicieuse et opposante envers autrui), le «caractère consciencieux» (qui définit la propension à simposer une discipline propre, à agir en conséquence de ses responsabilités, de ses devoirs afin datteindre ses objectifs) et finalement l«ouverture à lexpérience» (qui est défini par une propension générale pour lart, lémotion, laventure, les idées originales, limagination, la curiosité). Les gens ayant répondu à un tel questionnaire ne sont pas définis par une seule dimension, mais par un score plus ou moins élevé sur lensemble des cinq facteurs. Cependant, une personne obtenant, p.ex., un score élevé sur le facteur « caractère agréable » et bas sur « névrotisme » aura assurément une propension moins élevée à être impatiente que des personnes présentant un pattern inverse.
En outre, parmi les questions définissant les cinq traits généraux de la personnalité de ce modèle apparaît en filigrane un concept identifié comme limpulsivité. Le concept dimpulsivité est usuellement utilisé pour définir des paroles, des comportements exprimés de manière prématurée, immédiate (sans réflexion ou contrôle). Ce concept dimpulsivité est non seulement relié à une propension à répondre sans analyser précautionneusement le contexte, mais également à une difficulté à reporter ou à attendre une gratification ou une récompense. Cette notion dimpulsivité est plus particulièrement saillante dans des contextes émotionnels (particulièrement négatifs ou positifs). Bien que le concept dimpulsivité soit différent de celui dimpatience, les attentes, la manière de fonctionner dun individu très impulsif favoriseront une attitude impatiente et ce, plus particulièrement dans des contextes délicats (p.ex., attente de résultats dexamens, dune réponse pour un emploi). Ces mêmes manifestations sont également présentes chez tout un chacun, cependant à une intensité moindre. En regard des exemples précités, certaines situations sont donc plus propices à limpatience, bien que cette dernière dépende dune part des traits de la personnalité, et dautre part, de limportance que lon attribue aux résultats des examens réalisés ou à lobtention de lemploi convoité.
Jen viens donc au deuxième point soulevé. Lintensité de limpatience ressentie ou exprimée dépend en partie de la situation dans laquelle nous nous trouvons et de limportance que revêt cette même situation à nos yeux. Nous abordions ci-dessus lattitude que nous aurions lors de la parution des résultats à un examen, si ce dernier comprenait des conséquences irrémédiables, telles que lannonce dune maladie mortelle ou insoignable, dès lors limpatience lemporterait chez certains, la peur de savoir chez dautres. De même, cette impatience peut se manifester plus particulièrement dans des situations coutumières. Je mexplique ; dans des contextes habituels pour limpatient, une action peut paraître évidente à effectuer pour ce dernier, cependant ce même acte pourrait être ardu à réaliser pour une personne de lentourage; ces situations sont donc propices à un manque de tolérance, car la personne de lentourage tardera assurément à réaliser une action attendue. La difficulté à réaliser un geste ou à répondre de manière instantanée à la demande apparaît, donc, comme un élément difficile à supporter pour limpatient. Cette même impatience pourrait également se manifester lors dune divergence dans la méthode à appliquer, lun des deux individus estimant que sa méthode est la meilleure et ainsi ne laissant pas le temps à lautre de comprendre ses erreurs ou dappliquer une méthode peut-être aussi ou plus efficace. En conclusion, limpatient, dans ce genre de situations, aurait de la difficulté à se mettre à la place dautrui (empathie) et à reporter une réponse, une action qui, selon lui, devrait être réalisée avec rapidité.
Finalement, notre éducation et la culture dans laquelle nous évoluons influencent également cette capacité à reporter une réponse attendue, une gratification prochaine. Selon le style éducatif des parents, certains enfants en fonction de leur tempérament ont plus ou moins été habitués à la frustration. Certains parents en limitant laccès aux sucreries, à des cadeaux constants ou à la satisfaction immédiate de tous désirs ont ainsi appris à leur enfant à reporter une envie, un désir. Bien évidemment, cet apprentissage peut être plus ou moins facile en fonction du tempérament de lenfant. Néanmoins, cette capacité à reporter un désir, une réponse immédiate peut favoriser un comportement patient et compréhensif. Je terminerai donc ce petit mot par un petit exemple culturel. Il est en effet très mal vu dans certaines cultures (p.ex., asiatiques) de perdre son sang froid et de se mettre en colère à un guichet ou dans un restaurant par manque de patience ; il apparaît donc que selon la culture dans laquelle nous évoluons, certains comportements sont plus ou moins valorisés ou tolérés.
Jespère ainsi avoir répondu du moins en partie à votre question et vous fait part de mes meilleures salutations.
Jean-Marc Gomez, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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6.5.2010
Bonjour, je voudrai savoir se qu'il m'arrive! depuis quelques temps je suis d'humeur tres changeante... é je tombe dans les extremes pour des choses dérisoires..crise de colere, euphorie, peine..parfois c difficile a gerrer.. sa a commencé lorsque j'ai arreter de me droguer é s'est intensifier apres le seuvrage brutal de mon traitement (que j'ai fait de mon propre chef malgres les désaprobation du corp médical..)
y aurai t'il un lien? (jéjé, 21 ans)
Nous vous remercions de votre question en lien avec les changements brutaux dhumeurs que vous vivez actuellement.
Notre centre de recherche interfacultaire sur les émotions mène diverses recherches de nature plutôt fondamentale sur l'origine des émotions et leurs impacts sur le comportement humain et social.
Nos chercheurs noffrent pas des services et/ou de conseils de soutien psychologique. Ils n'ont ainsi pas la ou les réponses à apporter votre question,
Pour y répondre, nous vous invitons à appeler le numéro 147. Une équipe de conseillers spécialisés en psychologie vous offrira écoute, soutien et conseil et qui pourra, nous en sommes sûrs, vous aider. Carole Varone, PRN Sciences Affectives
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13.4.2010
Salut!!!! j'ai un problème(mais sa vousle savez) je suis folle amoureuse d'un mec qui a 23 et ne me connait pas.. C'est Robert pattinson,comment faire????D'ou me vien cette envie ?!?!?! (lili, 14 ans)
J'ai le plaisir de vous transmettre, ci-dessous, la réponse que le Prof David Sander a donné à une demande similaire à la vôtre sur le coup de foudre.
Le coup de foudre peut être considéré comme une émotion très intense
déclenchée par la présence de l'être dont on tombe amoureux; cette
émotion est très brève et envahit le corps et l'esprit de façon très
marquée. En revanche, l'attirance que l'on éprouve pour quelqu'un
n'est pas en général considérée comme une émotion en tant que telle
mais plutôt comme une attitude envers la personne - l'attirance
pouvant être physique mais également intellectuelle. Par exemple, il
existe de nombreuses recherches qui se demandent pourquoi certaines
personnes sont particulièrement attirantes physiquement, et même si
il semble que certains critères de beauté et d'attirance soient
universelles, il y a tout de même une grande marge de différences
entre les individus et les cultures différentes.
En général, la recherche sintéresse au phénomène affectif quest
lamour selon au moins trois axes. Le premier est lacte sexuel, le
fait de faire lamour, qui est souvent déclenché par le fait de
trouver le ou la partenaire attirante. Le second concerne le fait
daimer quelquun à long terme, ce qui peut être considéré comme une
attitude amoureuse relativement stable envers lêtre aimé même
lorsque celui-ci est absent. Finalement, le troisième axe concerne le
sentiment amoureux intense, dont le coup de foudre est certainement
le meilleur exemple.
Prof David Sander, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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12.4.2010
Je suis amoureuse de Justin Bieber et je ne sais pas comment j'ai fais pour tomber amoureuse de lui alors que je ne le connais même pas ?!? (Mila, 14 ans)
Je me permets de vous transmettre, ci-dessous, la réponse que le Prof David Sander a donné à une demande TSR-Découverte sur le coup de foudre, car nous navons malheureusement pas actuellement dans notre centre de recherche un expert pouvant répondre exactement à votre question.
Le coup de foudre peut être considéré comme une émotion très intense
déclenchée par la présence de l'être dont on tombe amoureux; cette
émotion est très brève et envahit le corps et l'esprit de façon très
marquée. En revanche, l'attirance que l'on éprouve pour quelqu'un
n'est pas en général considérée comme une émotion en tant que telle
mais plutôt comme une attitude envers la personne - l'attirance
pouvant être physique mais également intellectuelle. Par exemple, il
existe de nombreuses recherches qui se demandent pourquoi certaines
personnes sont particulièrement attirantes physiquement, et même si
il semble que certains critères de beauté et d'attirance soient
universelles, il y a tout de même une grande marge de différences
entre les individus et les cultures différentes.
En général, la recherche sintéresse au phénomène affectif quest
lamour selon au moins trois axes. Le premier est lacte sexuel, le
fait de faire lamour, qui est souvent déclenché par le fait de
trouver le ou la partenaire attirante. Le second concerne le fait
daimer quelquun à long terme, ce qui peut être considéré comme une
attitude amoureuse relativement stable envers lêtre aimé même
lorsque celui-ci est absent. Finalement, le troisième axe concerne le
sentiment amoureux intense, dont le coup de foudre est certainement
le meilleur exemple. Prof David Sander, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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12.4.2010
Moi j'ai un problème : je veux devenir l'homme le plus RICHE du monde et tout le monde me dit que je suis fou .Je ne sais pas comment faire pour que me passe cette envie ??? (Louis, 10 ans)
Désolé, nous ne pourrons vous aider ! Notre centre de recherches fondamentales étudie lorigine des émotions et leurs impacts sur le comportement humain et social. Nos chercheurs nont ainsi pas la réponse à apporter à votre souhait de devenir lhomme le plus riche du monde !
En vous souhaitant tout le succès nécessaire pour atteindre votre objectif, meilleures salutations, C. Varone, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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31.3.2010
Est-ce que tous les peuples ressentent les mêmes émotions? (Yves, 21 ans)
Bonjour,
Je me permets de vous transmettre la réponse donnée, récemment, à la même question par le Dr Camille Ferdenzi :
"Bonjour,
En théorie, les membres de différentes cultures sont capables de ressentir les mêmes émotions. De chercheurs ont montré par exemple de grandes similitudes entre cultures au niveau des réponses physiologiques pour certaines émotions dites 'de base' comme la peur ou la joie. Mais en pratique, il existe de nombreuses différences sur la façon dont les émotions sont exprimées. Par exemple, il est plus facile d'identifier une émotion sur le visage d'une personne de son propre groupe culturel que d'autres groupes, indiquant des nuances dans l'expressivité faciale des émotions. De plus, une culture peut disposer, pour désigner une émotion, d'un mot qui n'a pas d'équivalent dans un autre langage. Un mot existant dans deux langues différentes peut aussi désigner des ressentis légèrement différents. Enfin, il est important de savoir que les émotions ressenties sont plus ou moins ouvertement exprimées en fonction du contexte culturel : le contrôle des émotions dépend fortement des normes sociales (par exemple, exprimer sa colère peut être valorisé, car signe de force, dans une culture mais réprimé dans une autre car signe d'immaturité)." Dr Camille Ferdenzi, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
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26.3.2010
Bonjour,
Peut-on parler de dualité entre la raison et l'émotion ? la raison est-elle indispensable à l'émotion et vice versa ? (Bilou, 40 ans)
La question de la dualité entre raison et émotion est à lorigine de débats passionnés depuis de nombreuses années. Ces débats sont en partie nourris de questions terminologiques et philosophiques.
Il est courant dopposer la raison à lémotion. Historiquement (par ex. Platon puis Descartes et Spinoza pour nen citer que quelques uns), lémotion fut longtemps considérée comme une perturbation dun état normal. Nos émotions ou « passions » représentaient une « affection » nuisant au raisonnement logique et plus largement au comportement le cerveau (siège de la raison) avait donc pour but de contrôler le cur (siège des passions), en dautre termes, il fallait « garder la tête froide ».
Lidée dune opposition entre raison et émotion ne date donc pas dhier. Mais est-il vraiment irrationnel (ou déraisonnable) de ne pas écouter ses émotions ? Si elles ont été conservées et diversifiées au cours de lévolution, cest quelles doivent forcément avoir une utilité et conférer un avantage à lindividu et à lespèce. En effet, les réflexes de fuite face à un danger ou une menace nous servent à augmenter nos chances de survie. De même, la colère, la joie et même le regret ont une utilité pour lindividu qui les ressent ou, à plus ou moins long terme, pour son espèce.
Les données actuelles soutiennent (supportent) une vision plus intégrative. Les recherches récentes en psychologie et neurosciences montrent que la plupart de nos comportements dépendent de la combinaison dinfluences à la fois « émotionnelles » et « rationnelles ». Au niveau cérébral également, lidée dune dissociation entre des régions émotionnelles et des zones cognitives (ou rationnelles) semble peu à peu disparaître. En effet, les données actuelles montrent que la quasi-totalité de notre cerveau est sensible à des informations émotionnelles. Ceci a dailleurs permis de rendre mieux comprendre les biais (notamment attentionnels et mnésiques mais aussi les biais de jugements) qui reflètent justement ces interactions étroites entre cognition (ou raison) et émotion.
Cependant, la question dune dualité entre raison et émotion reste particulièrement dactualité, notamment dans le domaine de la prise de décision. En effet, léconomie traditionnelle a longtemps cherché à comprendre, modéliser et simuler le comportement dindividus et de groupes au moyen déquations mathématiques. Les comportements ne se conformant pas aux prédictions, ces modèles étaient alors classés comme « irrationnels ». Nombre de ces comportements qui semblent défier le raisonnement « logique » reflètent en fait linfluence des émotions sur nos jugements, décisions Ceci a donc contribué à alimenter lidée dune dichotomie entre raison et émotion. De nombreuses études sont venu confirmer lidée que les émotions exercent un influence sur nos jugements et décisions (par ex. les effets de framing ou « cadrage », laversion au risque, laversion aux pertes, les biais doptimisme, etc.). Ces constatations ont par ailleurs donné naissance à des disciplines transversales comme léconomie comportementale ou la neuroéconomie, qui se situent à la frontière entre économie, psychologie et neurosciences.
En résumé, si la dichotomie entre raison et émotion est parfois utile pour permettre de mieux comprendre certains comportements, cette vision un peu simpliste a peu à peu laissé place à une approche plus intégrative qui sintéresse à leurs interactions réciproques. Il existe bien sur de nombreuses situations dans lesquelles il est possible de dissocier les deux types dinfluences et de déterminer un comportement optimal (sans pour autant être rationnel). Dans un certain nombre de ces situations particulières, lémotion peut effectivement sopposer à la raison.
Suggestion de lecture. Antonio R. Damasio. Lerreur de Descartes : la raison des émotions.
Jattire lattention sur le fait quil sagit dun livre de vulgarisation de la théorie des marqueurs somatiques développée par lauteur. Premièrement, sagissant de vulgarisation, lauteur présente une version simplifiée et « grand public » de sa théorie scientifique. Deuxièmement, sagissant dune théorie, il est conseillé de conserver un regard critique sur celle-ci. En effet, bien quun certain nombre détudes semble corroborer la théorie (notamment les travaux de lauteur), il existe également des résultats contradictoires dans la littérature récente. Sans juger de sa validité, la théorie des marqueurs somatiques a néanmoins permis dimportantes avancées dans la compréhension des mécanismes de prise de décision, notamment en ce qui concerne le rôle des émotions et louvrage offre une vue assez intéressante et intégrative des interactions entre raison et émotion au niveau des mécanismes de prise de décision, avec une approche neurobiologique. Dr Benoît Bediou, PRN Affective Sciences, CISA, UNIGE
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22.12.2009
mon médecin m'a dis que je fais de l'hyper-émotivité. après plusieurs recherche je n'arrive toujours pas à cibler ce que c'est.
qu'est ce que c'est ? (Corentin J., 17 ans)
Bonjour,
Il est important de ressentir des émotions, car elles sont le moteur de nos motivations, de nos intérêts, et de notre vie tout court. Une émotion surgit quand on perçoit (souvent de manière inconsciente) une chose qui est importante pour nous en termes de valeur intrinsèque, datteinte de nos buts, etc. et que cette perception installe toute une série de changements au sein de lorganisme. Une émotion forte (p.ex. la peur quand on traverse la rue sans regarder et on saperçoit soudainement quune voiture est en train darriver à grande vitesse) est liée à des changements physiologiques (changement du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de la respiration, de la sudation, de taux hormonaux, etc.) qui servent à nous faire réagir très rapidement (p. ex. en faisant un bond sur le trottoir). De plus, une émotion se reflète souvent dans notre posture, nos expressions faciales, notre ton de voix, etc., permettant aux personnes qui nous entourent de deviner nos états dâmes, et de réagir de conséquence (un ami qui traverse la route avec vous, et qui na pas vu la voiture arriver, comprend quil y a danger dans votre visage; dans une autre situation le même ami peut vous soutenir et réconforter car vous exprimez de la détresse). Les émotions font toutes ces choses et dautres encore, et elles sont donc importantes, voir nécessaires, à notre vie en tant quêtre humains.
Néanmoins, nous ne pouvons pas toujours suivre ce que nous dictent nos émotions, et la vie au sein dune société et dun groupe (la famille, les amis, ou la classe à lécole) requière une certaine régulation des émotions que ses membres peuvent vivre. On peut même dire que cest grâce à la capacité humaine de réguler et contrôler ses propres affects et ses impulsions, que la vie de société est possible. Ainsi, on ne tue pas une personne parce quelle nous a mis en colère, ou on ne vole pas ce qui appartient aux autres (imaginez les résultats catastrophiques pour nos sociétés si tout le monde agissait de cette manière).
Il est intéressant de savoir que la régulation et la maitrise de ses émotions ça sapprend. Par exemple, les enfants apprennent grâce à léducation quils ne peuvent pas toujours avoir ce quils veulent, ou quils doivent pouvoir attendre avant de le recevoir.
La régulation émotionnelle requière lactivité de certaines zones à lavant du cerveau (le cortex préfrontal), qui vont moduler lactivité des centres émotionnels du cerveau (comme lamygdale, qui est plus ancienne dans lévolution et se trouve au centre du cerveau). Le cortex préfrontal est un des derniers à se développer, et natteint pas son plus haut niveau fonctionnel avant la fin de ladolescence. De plus, létude de patients atteints de lésions préfrontales nous a donnés également des informations sur le rôle de ces zones du cerveau dans la régulation émotionnelle.
Or, pour en revenir à votre question, votre médecin pourrait vouloir entendre que vos réactions émotionnelles sont démesurées, en tout cas de son point de vue. Ceci peut en principe avoir au moins deux raisons. Il se pourrait en fait que ladolescence que vous traversez cause certains déséquilibres hormonaux, qui à leur tour pourraient amplifier ou en tout cas modifier vos réactions affectives. Une autre raison plausible dun point de vue neuroscientifique serait que votre cortex préfrontal, nécessaire à la régulation émotionnelle, nait pas encore atteint son degré optimal de développement et dinterconnexion. A cause de cela il est possible que vos réactions émotionnelles, qui sont peut-être tout à fait appropriés et pas démesurées dans leur ampleur, vous narriviez pas à les contrôler suffisamment.
Mais finalement quelle que soit la cause, pour la plus part des personnes ladolescence est une phase de vie difficile, qui comporte entre autres des humeurs changeantes, des sortes dexplosions affectives, des sentiments dincompréhension (surtout envers les adultes), un corps qui devient adulte (parfois assez brusquement), la découverte de la sexualité, etc. Il me semble donc presque normal quil y ait aussi un peu dhyper-émotivité au milieu de tout ça.
Maintenant, une bonne manière pour découvrir ce que votre médecin entend dire par hyper-émotivité est de lui poser la question directement. De plus, si vous pensez que vos réactions émotionnelles sont vraiment trop fortes (en tenant compte de la phase de vie dans laquelle vous vous trouvez), et que vous voulez travailler à mieux les comprendre et à mieux les maitriser, vous pouvez toujours demander pour laide professionnelle dun psychologue, psychothérapeute, ou psychiatre.
Sebastian Korb, PRN Sciences Affectives, UNIGE
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11.12.2009
bonjours, j'aimerais comprendre pourquoi j'ai constament des humeurs très changeante et que j'ai tendance à dramatiser des chose ne l'étant pas nécessairement, comme si j'aimais le faire, esse mauvais pour moi? je suis extrèmement sensible à ce qui se passe et analyse profondément les choses... (sarah2552, 17 ans)
Le Pôle de recherche national en Sciences Affectives mène des recherches principalement de nature fondamentale sur l'origine des émotions et leurs impacts sur le comportement humain et social. Nos chercheurs n'ont ainsi malheureusement pas la ou les réponses à apporter votre question, tout comme ils ne sont pas les plus compétents pour offrir des services de soutien psychologique.
Pour répondre à votre demande, nous vous invitons donc à consulter un conseiller spécialisé en psychologie qui vous offrira écoute, soutien et conseil et qui pourra, nous en sommes sûrs, vous aider. Carole Varone, PRN Sciences Affectives
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17.11.2009
Bonjour. On nous parle de plus en plus du lien entre les émotions et la chimie pour expliquer nos attirances, voire nos répulsions. La presse fait état de la sortie d'un kit pouvant mesurer la "compatibilité" de deux personnes en fonction des protéines présentes dans notre sueur. Ces études se baseraient sur des faits scientifiques. Peut-on vraiment ressentir des émotions différentes selon que les protéines soient "compatibles" ou "non" ? On pourrait généraliser ma question ainsi: quelle est la part de la science et de la fantaisie dans les émotions que nous ressentons vis à vis de l'autre ? Merci pour votre réponse. (Cachalot crû)
Bonjour, deux chercheurs du Centre Interfacultaire en Sciences Affectives (CISA) de lUNIGE ont choisi de répondre à votre demande sous la forme dune petite discussion, vous donnant ainsi différents points de vue sur la question :
Dr Sylvain Delplanque: Le test auquel vous faites référence mesure une certaine proximité génétique entre deux individus. Cette proximité est basée sur l'existence de molécules à la surface de nos cellules qui varient beaucoup d'un individu à un autre. Ces molécules (MHC) sont connues aussi pour être de bons marqueurs du Soi (en termes d'immunité). Quelques études ont démontré que les odeurs corporelles pouvaient aussi être différentes en fonction de ces molécules du Soi, ce qui signifie que l'on aurait une carte d'identité olfactive (nuançons toutefois le faible nombre d'études). Ceci étant dit, d'autres études, dont le nombre est encore plus faible, ont montré que des Femmes pouvaient préférer des odeurs d'Hommes dont l'odeur corporelle et donc les molécules du soi plutôt différentes des leurs.
Cela pourrait laisser croire que la préférence pour un individu est guidée par son odeur donc son Soi, donc son patrimoine génétique! Le raccourci est facile à faire, il est volontairement induit par les gens qui veulent faire du business de ce genre d'information mais il reste un raccourci trop rapidement fait. Soulignons deux points critiques pour tenter de rétablir un peu les faits. Premièrement, dans toutes les études aboutissant à ces conclusions, les Femmes jugeaient des odeurs en aveugle, c'est-à-dire avec l'odeur et uniquement l'odeur, dans un contexte de laboratoire très contrôlé. C'est très bien et même vital d'un point de vue scientifique lorsque l'on veut éviter l'influence du contexte pour mesurer si le phénomène peut exister. Toutefois, nous n'avons aucune donnée concernant l'efficacité d'un tel mécanisme dans la vie réelle! Est-ce que l'odeur va avoir son importance face à toutes les autres stimulations que va vous renvoyer l'autre, les nombreuses interactions que vous allez avoir avec, sa voix, son apparence, son comportement, son statut social etc... Bref aujourd'hui, nous n'avons aucune donnée montrant l'efficacité de l'odeur dans le choix d'un partenaire dans la vraie vie. Les études scientifiques démontrent simplement que le processus existe potentiellement.
Dr Camille Ferdenzi: Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ta position. Il existe des études par questionnaire qui montrent que (chez les femmes uniquement) l'odeur du partenaire est un critère de sélection plus important que d'autres critères sensoriels ou sociaux. De plus, il y a quelques études sur les couples déjà formés pour voir le nombre de gènes partagés et aussi le succès du couple : certaines montrent que les couples formés diffèrent sur leur molécules du Soi plus que des paires d'individus formées au hasard, et une étude montre que plus la proximité génétique est forte dans le couple, moins la satisfaction sexuelle est élevée, et plus le nombre d'infidélités de la femme est élevé. Bien sûr, les études à ce sujet sont rares et plusieurs de ces études sur les couples déjà formés ne montrent aucun lien avec la proximité génétique, donc on ne sait pas vraiment si ça marche dans la vraie vie. En bref, je n'aurais pas un discours aussi radical que toi sur cette question.
Dr Sylvain Delplanque: Le deuxième point rejoint le premier, il n'existe aucune étude montrant l'efficacité du test proposé dans le commerce pour prédire une bonne relation car bien évidemment il est très difficile de savoir ce qui peut prédire une bonne relation !
Dr Sylvain Delplanque et Dr Camille Ferdenzi, PRN Sciences Affectives, CISA, UNIGE
Un doute? Demandez l'avis d'un expert!
Avant de poser votre question, merci de vérifier (à l'aide de la fonction «recherche») qu'elle n'a pas déjà été traitée.
Comment ça se passe quand on tombe amoureux? Que se passe-t-il dans notre cerveau
Voici déjà quelques années que les scientifiques dans le domaine de la neurologie et de la psychologie s'intéressent à la question de l'amour. L'amour peut prendre plusieurs formes: le désir sexuel, l'état amoureux, ou l'attachement à long terme. Je parlerai plus particulièrement de l'état amoureux car c'est lui qui provoque les changements affectifs et cérébraux les plus importants. Sa forme extrême est le coup de foudre. L'état amoureux se caractérise par l'euphorie, des pensées envahissantes centrées sur l'autre, et un besoin irrépressible d'être uni à l'autre. L'état amoureux fait donc naître un sentiment puissant pour une autre personne, le plus souvent du sexe opposé. En l'absence de l'être aimé, l'amoureux se sent désespéré et quand l'autre revient, il devient euphorique. Cela fait dire à certains scientifiques que l'amour est une forme de dépendance transitoire. Il existe en effet plusieurs points communs entre l'état amoureux et la dépendance à des substances comme la drogue ou l'alcool. Bien-sûr, l'état amoureux est un sentiment normal, alors que la dépendance aux drogues est un grave problème. Mais dans les deux cas, il y a un dérèglement au niveau du système de récompense, c'est-à-dire du système qui permet à l'individu de déterminer la valeur positive ou négative des objets ou des personnes qui l'entourent. D'une certaine manière, l'autre manque à l'amoureux comme la drogue manque à la personne dépendante. Quand on est amoureux, c'est l'autre qui devient la principale source de plaisir. Les chercheurs ont aussi comparer l'état amoureux à une forme de trouble obsessionnel. Cela peut paraître étonnant au premier abord. Mais à y regarder de plus près, on constate que la personne amoureuse pense tout le temps à l'autre (en moyenne 4h par jour), et parfois n'arrive plus à dormir. L'autre devient une «idée fixe», comme dans l'obsession. Donc l'état amoureux est caractérisé par deux mécanismes psychologiques: la dépendance et l'obsession.
On connaît encore mal ce qui se passe dans le cerveau quand la personne tombe amoureuse. Mais l'on sait que les circuits de récompense fonctionnent principalement avec 2 neurotransmetteurs: la dopamine et les endorphines. Si on schématise, la dopamine est responsable de la motivation (ce qui nous pousse à agir pour obtenir une certaine récompense) et les endorphines provoquent le plaisir (la satisfaction quand on a obtenu la récompense que l'on cherchait). L'état amoureux implique certainement des changements au niveau des circuits neuronaux qui utilisent la dopamine ou les endorphines. Une hormone joue également un rôle important dans l'état amoureux, c'est l'ocytocine. Là encore pour simplifier, on peut dire que l'ocytocine est l'hormone de l'attachement. Elle joue un rôle central dans l'attachement de la mère à son enfant, et des études de neuroimagerie suggèrent qu'elle participe également l'attachement entre 2 personnes amoureuses. L'ocytocine aurait entre autre pour fonction de favoriser le passage de l'état amoureux, qui est transitoire, à une forme plus durable de relation.
Mathieu d'Acremont, Dr. en Psychologie










