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  • L'archéologie

    L'archéologie

    388 questions

  • 25.5.2010

    Savez-vous depuis quand a-t-on mis des fenêtres aux maisons? (Alexandre, 23 ans)

    Je réponds enfin à votre intéressante question qui m'a demandé un peu de recherche car ce sujet est assez peu évoqué en archéologie. Cet élément d'architecture est en effet difficile à appréhender étant donné la rareté des traces de maisons en élévation pour les périodes anciennes. Alors que les restes de bâtiments sont attestés dès le Néolithique, par des alignements de trous de poteaux, d'empierrements formant la base de murs, de fossés, ou de traces de poutres, nous n'avons pas de preuve de l'existence de fenêtres pour des périodes si anciennes. Dans quelques villages fortifiés d'Anatolie du VIème et Vème millénaire av. J.-C., les maisons peuvent être percées de petites ouvertures mais nous ne savons pas dans ce cas si les archéologues ont retrouvé des traces réelles de ces ouvertures ou s'il s'agit seulement d'hypothèses, ce qui est souvent le cas en archéologie. Dans la maison lacustre néolithique, que l'on connaît bien grâce à sa très bonne conservation, aucune trace de fenêtre ne nous est parvenue mais les parois sont généralement incomplètes ce qui pourrait expliquer cette absence. On suppose que la seule ouverture de la maison était la porte, ainsi qu'une ouverture dans le toit afin d'évacuer la fumée du foyer, ceci afin d'éviter les déperditions de chaleur et les courants d'air. On peut également imaginer des faibles dégagements au niveau de la jonction des parois et du toit qui peuvent laisser passer la lumière sans réellement créer une embrasure dans la paroi.

    A ma connaissance, les premières fenêtres attestées datent du début du IIème millénaire av. J.-C. dans la civilisation grecque minoenne. Le site d'Akrotiri situé sur l'île de Santorin et daté de 1630 av. J.-C., a livré des maisons à plusieurs étages aux fenêtres ouvertes sur les voies de circulation (http://www.ile-de-santorin.com/sa_akrotiri/sa_akrotiri1b.php).

    Dans l'ancienne Egypte des petites fenêtres semblables à des meurtrières permettaient d'éclairer les chambres mais cela était essentiellement réservé aux édifices religieux.

    A l'époque romaine les édifices importants étaient ouverts par de larges baies ou arcades, alors que la maison traditionnelle illustrée par les vestiges de Pompéi, ne comportait que peu de fenêtres qui étaient percées assez haut dans le mur.

    C'est véritablement au Moyen-âge que la fenêtre se développe dans les bâtiments mais là encore on distingue les édifices religieux, qui pouvaient même être dotés de vitres en verre dès le XIIème siècle, des maisons traditionnelles où les ouvertures étaient assez petites. Avant l'utilisation du verre, difficile à réaliser pour de grandes surfaces, on utilisait du parchemin, de la toile huilée ou du mica ce qui donnait des vitres plus translucides que transparentes.

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 20.5.2010

    Combien de temps a duré le Moyen-âge ? (toto, 10 ans)

    Jean Terrier a déjà répondu à cette question le 17 janvier 2008. Je te transmets sa réponse :

    Le Moyen Âge est une période historique qui se déroule entre l'Antiquité et la Renaissance. On situe traditionnellement cette époque entre 476, qui correspond à la chute de l'Empire romain d'Occident, et 1450 qui voit l'avènement de l'imprimerie. C'est donc sur près de mille ans que dure le Moyen Âge.

    (Jean Terrier, Université de Genève)

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 2.3.2010

    Bonjour,

    J'ai trouvé une pierre de la taille d'une main dans un champ, elle est régulière et de forme allongée.Est-ce un chopper? ou est-ce que je peux montrer cette pierre , a t'elle de la valeur?merci pour votre réponse, sincères salutations (del1981, 28 ans)

    Bonjour,

    Je ne peux pas vous répondre directement sur la valeur de cet objet sans l'avoir vu. Si vous suspectez une trouvaille archéologique vous devez en informer la mairie qui prendra des dispositions pour contacter des personnes compétentes afin d'évaluer votre découverte. D'après les indications que vous donnez il y a cependant peu de chance qu'il s'agisse d'un chopper, outil sur galet des premiers hommes, étant donné que ces très anciennes trouvailles (et très rares) ont en général un enfouissement assez profond.

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de genève

  • 8.2.2010

    Est-ce qu'on peut savoir de quand datent les 1ers artistes? quand a-t-on commencé à parler d'art? (Yann, 18 ans)

    Les témoins artistiques les plus anciens peuvent être situés dans 3 régions du monde : l'Europe, l'Australie, et la Sibérie. En Europe, les premières formes d'art sont associées aux Homo Sapiens de la fin du Paléolithique entre 35'000 et 12'500 avant notre ère, avec un véritable développement artistique à la période magdalénienne entre 17'000 et 12'500 av. J.-C. Cet art peut prendre deux formes : l'art pariétal, bien connu dans le sud de la France et en Espagne, qui désigne toutes les peintures, gravures et sculptures réalisées sur les parois rocheuses des grottes, et l'art mobilier (sur os, bois de renne, ivoire, pierre, dents, coquillages), présent dans toute l'Europe, qui s'exprime par des statuettes féminines, des animaux sculptés, des armes décorées, des objets de parure. Si les datations se confirment il est possible que l'art le plus ancien du monde, sous sa forme caractérisée et régulière, provienne d'Australie où une peinture rupestre a été datée à environ 40'000 ans avant le présent. En Sibérie l'art le plus ancien est essentiellement mobilier avec des figurines animales et féminines datant d'environ 30'000 ans avant notre ère.

    Si l'art s'est véritablement épanoui après l'arrivée des hommes modernes, il existe néanmoins quelques manifestations antérieures qu'on peut appeler "prémices de l'art" liées aux Néandertaliens : os incisés, galets marqués et objets de parure.

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 25.1.2010

    Comment vérifier de façon simple mais avec certitude qu'un objet (sculpture) en bois a été taillé avec un outil en pierre ou en métal ? (jean edmond)

    Seule une étude tracéologique de cette sculpture permettrait de répondre à votre question. La tracéologie, qui cherche et identifie les traces d'usure et de fabrication sur des objets, se fait par des observations macroscopiques ou microscopiques complétées par de l'expérimentation, afin de tester les différentes hypothèses sur les activités exécutées. N'étant pas spécialiste de cette discipline, je ne peux pas vous répondre plus précisément mais vous pouvez vous renseigner auprès du Laboratoire d'expertise du bois et de datation par dendrochronologie de Besançon (http://www.dendro.fr). Je doute toutefois qu'une expertise sans voir la pièce ne soit possible (essayez de joindre des photos).

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 25.1.2010

    Je souhaiterais avoir l'avis d'un expert sur un fait qui m'a traversé l'esprit et dont je ne suis pas la seule à me poser la question. Depuis toujours, je m'intéresse aux anciennes civilisations dont la précolombie, les anciens Égyptiens et la Grèce Antique (incluant aussi les Romains.) Or quelque chose a attiré ma curiosité concernant une architecture bien connue de tous les pyramides. Si je prends les Égyptiens, ceux-ci ont construit les célèbres pyramides avec des moyens primitifs par rapport à maintenant. Or si on prend la civilisation précolombienne, eux aussi ont eu la même idée. Mais pas à la même époque ! Alors dites-moi comment est-ce possible que les Mayas, les Aztèques, les Incas, les Aymaras et les Égyptiens vivant à des milliers de kilomètres l'un de l'autre et aussi n'ayant pas vécu à la même époque ont pu développer l'idée des pyramides ! Comment pouvons-nous expliquer ce phénomène de ressemblance ?? (Jaski, 24 ans)

    Je vous transmets la réponse de Michel Valloggia à une question similaire posée en octobre 2007 dans ce forum :

    "C'est un hasard qu'il y ait des pyramides en Egypte et au Mexique ? (Fredo, 16 ans)"

    Il n'est pas très facile de répondre catégoriquement à ta question; car, il existe indiscutablement des points semblables, mais il y a aussi de très grandes différences ! En fait, ces deux civilisations avaient des intérêts religieux communs : dans les deux cas, on adorait des dieux célestes et, pour s'en approcher, une pyramide constituait un lieu approprié. Donc, le point commun était que dans les deux cas, le site d'une pyramide construite était un site religieux.

    En Egypte, l'ancienneté des pyramides remonte à la pyramide à degrés, c'est-à-dire, aux environs de 2600 ans avant notre ère.

    Dans tous les cas, ces pyramides étaient utilisées comme des tombes pour des rois, on y aménageait donc un appartement funéraire avec un caveau pour la momie. Ces pyramides étaient, enfin, construites uniquement dans des cimetières.

    Au Mexique, par contre, ces constructions datent, au plus tôt, du début de notre ère...pour les égyptologues, elles sont donc très "récentes" ! De plus, ces pyramides possédaient, à leur sommet, un temple, pour y célébrer un culte. Ceci est donc très différent comme usage. Enfin, ces pyramides mexicaines ont été construites à l'intérieur des villes, elles étaient destinées aux vivants et aux pratiques d'un culte urbain.

    Il n'en demeure pas moins que l'idée centrale dans les deux civilisations était de consacrer un espace élevé, privilégié, proches des dieux...

    Comme tu vois, la réponse doit être nuancée. Avec mes bons messages.

    Michel Valloggia, Université de Genève

  • 21.1.2010

    Ceci n'est pas une question, mais une remarque concernant une question à laquelle vous avez répondu le 11 janvier 2010. Dans la formation de chaque plongeur, on insiste sur le fait de ne rien remonter du fond et de ne toucher qu'avec les yeux (même les épaves). Il est dommage que certains plongeurs se servent sur des épaves, entretenant ainsi des rapports conflictuels ou du moins suspicieux avec les archéologues dont c'est la profession de s'occuper des épaves. Plutôt que de remonter ces clous et de vous renseigner auprès de locaux sur leur valeur et vos droits, informez la mairie sur l'emplacement de vos découvertes. Il existe plusieurs sites d'intérêt et facile d'accès dans ma région et heureusement que la plupart des plongeurs les respectent. (poisson scorpion, 40 ans)

    Je vous remercie pour vos remarques très utiles qui concernent toutes les découvertes archéologiques, qu'elles soient faites sous l'eau ou ailleurs.

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 21.1.2010

    Combien d'années recouvre la période dite du Moyen-âge ? (sabrina, 12 ans)

    Jean Terrier a déjà répondu à cette question le 17 janvier 2008. Je te transmets sa réponse :

    Le Moyen Âge est une période historique qui se déroule entre l'Antiquité et la Renaissance. On situe traditionnellement cette époque entre 476 qui correspond à la chute de l'Empire romain d'Occident et 1450 qui voit l'avènement de l'imprimerie. C'est donc sur près de mille ans que dure le Moyen Âge.

    (Jean Terrier, Université de Genève)

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

  • 21.1.2010

    Bonjour, est-il possible avec les connaissances actuelles, que l'homme ait inventé la roue à plusieurs endroits différents sur la planète ? Ou s'agit-il d'une propagation de l'invention, probablement sans copyright. (Jonathan, 43 ans)

    Au début du 16ème siècle, alors que les Européens s’apprêtent à conquérir le monde, la roue et la traction animale sont présentes sur tout le continent eurasiatique, de l’Europe à la Chine. Elle est par contre absente de l’Afrique noire au sud du Sahara et de toute l’Amérique précolombienne. Le cas de l’Amérique est particulier. On a en effet découvert au Mexique et au Salvador des figurines animales de terre cuite montées sur quatre roues, mais aucun de ces modèles, jouets ou objets cultuels, ne semble être relié au transport. Le principe de la roue semble donc avoir été connu en Amérique centrale, mais n’a jamais été utilisé à des fins pratiques.

    Les données archéologiques eurasiatiques restent hétérogènes mais permettent néanmoins de formuler un certain nombre d’hypothèses sur le ou les foyers d’invention de la roue.

    Le Proche Orient, Mésopotamie notamment, paraît être l’une des zones clés. L’apparition de la roue y intervient dans le contexte de la révolution urbaine de la seconde moitié du 4ème millénaire av. J.-C. Des pictogrammes protocunéiformes découverts à Uruk et datés d’environ 3200 av. J.-C. montrent très schématiquement des maisons sur traîneaux avec ou sans roues. D’autres figures contemporaines plus détaillées présentent le même dispositif avec un personnage, probalement un dieu ou une déesse, dans l’habitacle. L’appartion du char pourrait donc découler ici d’impératifs religieux. A cette époque les chars présentent quatre roues pleines sur essieux probablement fixes comme c’est le cas pour la figure d’un vase de Suse en Iran relevant également d’un contexte religieux puisqu’il est accolé à une figure de ziggourat à étages surmontée d’une figure de divinité.

    Des modèles de chars à deux roues pleines, ou composées de trois pièces assemblées, sur essieux fixes, tirés par des ânes sont également connus à Kish et Tell Agrab en Mésopotamie vers 3000 av. J.-C. Deux roues de bois pleines datées vers 2850 av. J.-C. ont également été retrouvées dans la première ville de Mari.

    La technique de la roue ne tarde pas à se complexifier. L’ « étendard » d’Ur (en fait un panneau de coffre orné en marqueterie) présente, vers 2600 av. J.-C., des chars à quatre roues à vocation désormais militaire. Les roues fixées cette fois à des essieux rotatifs sont composées de deux pièces en quart de lune assemblées de part et d’autre d’une lentille centrale. Dans tous les cas présentés les animaux de trait semblent être des ânes ou des onagres, jamais réellement des chevaux.

    Les steppes situées au nord de la mer Noire représentent une seconde zone clé importante. Dans l’ouest de l’Ukraine on a découvert des modèles réduits en terre cuite représentant des traîneaux tirés par un ou deux bœufs, engins dont les patins sont perforés pour y loger des essieux. Ces céramiques datent de la transition entre les phases B2 et C1 de la culture de Tripolje, soit de la première moitié du 4ème millénaire av. J.-C. Ces véhicules semblent dériver du traîneau à dépiquer les céréales qui existe dans les Balkans dès la fin du 5ème millénaire av. J.-C.

    L’usage de la roue se généralise au nord de la Mer noire et dans la région du Caucase dès la fin du 4ème millénaire av. J.-C. ainsi qu’en témoignent les nombreuses sépultures à chars de ces régions. Les chars sont soit des véhicules à quatre roues à châssis quadrangulaire, soit des chars à deux roues à cadre en A. Les roues sont pleines et les essieux fixes. Les animaux de trait sont des bovidés.

    Les régions plus occidentales de l’Europe recoivent très précocement ces innovations. Les trois chariots à quatre roues figurés sur un vase de la culture des Gobelets en entonnoir découvert à Bronocice dans le sud-est de la Pologne témoignent d’une diffusion précoce de l’invention entre 3500 et 3000 av. J.-C., période antérieure aux multiples modèles de chariots en terre cuite de la civilisation de Baden dans les Balkans.

    Le chariot atteint le nord des Alpes dès cette époque. On distingue traditionellement deux ensembles.

    Dans les plaines d’Europe centrale et aux Pays Bas la présence de traces d’araire vers 3400 av. J.-C. témoigne de la maîtrise de la traction animale dès cette époque. Les chars à quatre roues pleines sur essieux fixes apparaissent entre 2700 et 2450 av. J.-C. dans la seconde moitié de la culture des Tombes individuelles et au début du Campaniforme.

    Le second ensemble concerne le sud de l’Allemagne, le Plateau suisse et probablement l’ensemble des Alpes comme en témoignent de multiples gravures rupestres. Dans cette région la traction animale est connue dès 3400 av. J.-C. (joug d’Arbon-Bleiche sur le lac de Constance, début de la culture de Horgen). Les chariots présentent deux roues composites fixées à des essieux rotatifs supportant un cadre en A. La roue du village palafittique de Zürich-AKA, d’une phase ancienne de la culture de Horgen vers 3175-3150 av. J.-C, est encore une roue pleine, mais elle est déjà fixée à un essieu rotatif. Les roues composites sur essieux rotatifs apparaissent dès la fin du Horgen vers 3000 av. J.-C. et se développent pendant la civilisation de la Céramique cordée dans le première moitié du 3ème millénaire av. J.-C.

    Le roue s’est probablement diffusée vers l’Est à partir de la Mésopotamie et du Plateau iranien, en direction du sous-continent indien, mais les données restent ici plus fragmentaires. Citons comme point de repère la civilisation d’Harappa au Pakistan. Des modèles de chars à deux roues et essieu fixe tirés par une paire de bœufs avec joug de cornes, destinés notamment au transport de la poterie, sont présents à Moendjodaro vers 2500 av. J.-C.

    Le cas de la Chine est moins clair. La roue n’est pas considérée comme une des grandes inventions chinoises parmi lesquelles on cite généralement la poudre à canon, le compas magnétique, l’imprimerie et le papier. Le char est connu au moins depuis la dynastie Xia vers 1700 av. J.-C. Les plus anciennes tombes à char ont été découvertes à Hougang dans le centre de la province d’Henan et datent du règne de Wu Ding de la dynastie Yin (vers 1200 av. J.-C.). L’utilisation militaire des chars en Chine atteint un sommet au 7ème siècle av. J.-C. mais devient obsolète durant la période des Royaumes combattants (500 – 221 av. J.-C), principalement à cause de l’apparition de l’arbalète sur les champs de bataille. La spectaculaire armée de soldats de terre de la tombe du premier empereur de Chine Ch’in Shih Huang-ti, monté sur le trône en 221 av. J.-C., ne présente plus que quelques chars de commadement tirés par quatre chevaux attelés de front.

    Que pouvons nous dire de la question de l’invention de la roue compte tenu des données archéologiques disponibles actuellement ?

    Deux points ne sont pas contestables : l’invention de la roue s’est appuyée sur un milieu technique antérieur favorable comprenant déjà l’utilisation de la traction animale pour actionner des traîneaux à dépiquer les céréales. Ces derniers sont attestés dès 6500 av. J.-C. Le scénario théorique de l’invention pourrait alors comprendre trois étapes :

    Etape 1. Dépiquage des céréales. Le bétail est utilisé pour fouler les céréales puis pour tirer un traîneau. Un seul animal est nécessaire ; son guidage implique harnais et sangles.

    Etape 2. Le bétail est utilisé pour tirer un traîneau sur des rouleaux de bois, une étape très théorique ne reposant sur aucune découverte.

    Etape 3 . La maîtrise de la manœuvre de deux animaux de trait nécessite l’invention du joug et du timon et donne naissance à une double filière technique : le char muni de roues et l’araire tractée pour les labours. Cette étape témoigne d’une intensification de la production agricole.

    Les dates disponibles permettent, pour l’Europe et le Proche Orient, de formuler trois scénarios alternatifs.

    Hypothèse 1. La roue a été inventée en Mésopotamie vers 4000 av. J.-C et atteint l’ensemble de l’Europe vers 3500 av. J.-C., ce qui est remarquablement rapide. Un argument renforce l’unité de ce phénomène. Le terme sanscrit pour la roue ratha (qui a donné rota en latin) se retrouve dans toutes les langues proto-indoeuropéennes. La transmission de cette découverte du monde sémitique mésopotamien au monde indoeuropéen, nécessaire, date donc d’une phase ancienne du développement de cette famille linguistique.

    Hypothése 2. La roue est une invention nord-pontique (vers 3800 av. J.-C.) qui s’est transmise secondairement en direction de la Mésopotamie (vers 3500 av, J.-C) et de l’Europe occidentale (également vers 3500 av. J.-C). Cette hypothèse a un triple mérite. Elle est en meilleur accord avec les données fournies par le proto-indoeuropéen dont on situe justement l’origine dans les steppes du nord de la Mer noire. Elle a le mérite également de réduire les distances de diffusion et donc d’être plus en accord avec les faibles décalages chronologiques enregistrés entre centre et périphérie. Elle pourrait expliquer enfin la transmission de la découverte jusqu’en Chine où elle pourrait parvenir au début du deuxième millénaire en passant par les steppes d’Asie centrale, un milieu géographique particulièrement favorable aux inventions techniques favorisant la mobilité (domestication du cheval, chariots).

    Hypothèse 3. Il y a deux centres d’invention indépendants contemporains vers 3500 av. J.-C. le Proche Orient avec la Mésopotamie et le Bassin carpatique avec les cultures des Gobelets en entonnoir et de Baden. Cette hypothèse nous paraît la moins bonne. Deux inventions se manisfestant exactement à la même époque ont toutes les chances d’être reliées entre elles.

    Une seconde révolution succède à l’invention de la roue pleine, celle de la roue à rayons qui allège considrablement le poids du véhicule et permet notamment la traction par des chevaux. Elle est à l’origine du char de guerre couramment utilisé sous des formes variées dans le monde méditerranéen pendant l’Antiquité et jusqu’au Sahara, nous pensons aux fameux chars des Garamantes des fresques sahariennes.

    Il est possible que cette invention vienne d’Anatolie. Le plus ancien témoignage de chars de guerre est un texte hittite du 18ème siècle av. J.-C. mentionnant 40 attelages de chevaux. Le premier cas avéré de chars de guerre dans l’empire Hittite date du siècle suivant. En Egypte le char de guerre et le cheval sont introduits par les Hyksos au 16ème siècle av. J.-C. Cet engin n’apparaît pas en Mésopotamie avant le milieu du 2ème millénaire av. J.-C. et se répand dans toute la Mésopotamie et l’Elam au 1er millénaire av. J.-C. On retouve la roue à rayons vers 1400 av. J.-C dans le nord de l’Europe où elle est présente dès la période du Bronze ancien.

    En résumé ces quelques lignes permettent de formuler certaines remarques sur l’origine de la roue.

    La connaissance du principe de la roue en Eurasie et en Amérique en deux lieux sans relations historiques identifiables pour la période que nous considérons ici, montre que la roue aurait pu être inventée et utilisée à plusieurs reprises. Cela n’a pas été le cas. L’Amérique précolombienne n’a pas pu mettre en œuvre pratiquement ce principe faute d’animaux domestiques utilisables pour la traction. On ne tire pas des chars avec des lamas. On peut également penser que les formes d’esclavage pratiquées par les Amérindiens ne se prétaient pas à l’utilisation de l’homme dans la traction. Toutes les civilisations urbaines précolombiennes se sont donc édifiées sans l’aide de la roue.

    Cette situation montre que l’invention dépend toujours d’un milieu technique complexe qui rend possible l’application concrète d’un principe technique, soit pour l’Eurasie la culture des céréales nécessitant des engins de dépiquage et la présence de bovidés domestiques connus depuis de longs siècles. Ce milieu n’existait pas en Amérique. Le cas de l’absence de la roue en Afrique noire nécessite une explication d’un autre type puisque les bovidés sont présents traditionnellement sur ce continent. Nous n’avons personnellement pas de réponse à cette question.

    En ce qui concerne l’Eurasie, une invention unique paraît la solution la plus en accord avec les données disponibles et nous penchons personnellement pour le nord de la Mer noire. En deux mots la roue serait sous copyrigth proto-indoeuropéen, une propriété parfaitement labellisée sous le terme sanscrit ratha. Mais l’invention ne bénéficiait pas d’une protection juridique suffisante pour éviter les copies. La roue a donc rapidement diffusé au delà du monde indoeuropéen et il faut s’en féliciter.

    Alain Gallay

    Département d'anthropologie et d'écologie, Université de genève

  • 11.1.2010

    Bonjour,Je voudrais avoir quelques précisions sur les découvertes archéologiques :

    Etant passionné de plongée, j’ai découvert des éléments de bateaux anciens, plus précisément des clous en bronze.

    Après plusieurs plongées j'ai récupéré 6 clous de diverses dimensions entre 60mm et 100 mm.

    Nous nous sommes renseignés auprès des locaux, il semblerait selon leurs renseignements que ces restes datent de navires échoués sur les coraux dans les années 100- 200 après J-C.

    Je voudrais connaître quels sont mes droits sur ces découvertes et à qui dois-je m'adresser? Merci d'avance. (Gianni, 30 ans)

    Pour répondre à votre question il faudrait savoir dans quel endroit cette découverte a eu lieu car le droit des objets archéologiques diffère selon les pays.

    Martine Piguet

    Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

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Avant de poser votre question, merci de vérifier (à l'aide de la fonction «recherche») qu'elle n'a pas déjà été traitée.

Est-ce qu'on peut savoir de quand datent les premiers artistes? Quand a-t-on commencé à parler d'art? (Yann, 18 ans)

Les témoins artistiques les plus anciens peuvent être situés dans 3 régions du monde : l'Europe, l'Australie, et la Sibérie. En Europe, les premières formes d'art sont associées aux Homo Sapiens de la fin du Paléolithique entre 35'000 et 12'500 avant notre ère, avec un véritable développement artistique à la période magdalénienne entre 17'000 et 12'500 av. J.-C.

Cet art peut prendre deux formes: l'art pariétal, bien connu dans le sud de la France et en Espagne, qui désigne toutes les peintures, gravures et sculptures réalisées sur les parois rocheuses des grottes, et l'art mobilier (sur os, bois de renne, ivoire, pierre, dents, coquillages), présent dans toute l'Europe, qui s'exprime par des statuettes féminines, des animaux sculptés, des armes décorées, des objets de parure.

Si les datations se confirment, il est possible que l'art le plus ancien du monde, sous sa forme caractérisée et régulière, provienne d'Australie où une peinture rupestre a été datée à environ 40'000 ans avant le présent. En Sibérie, l'art le plus ancien est essentiellement mobilier avec des figurines animales et féminines datant d'environ 30'000 ans avant notre ère.

Si l'art s'est véritablement épanoui après l'arrivée des hommes modernes, il existe néanmoins quelques manifestations antérieures qu'on peut appeler «prémices de l'art» liées aux Néandertaliens: os incisés, galets marqués et objets de parure.

Martine Piguet

Laboratoire d'archéologie préhistorique et d'histoire des peuplements, Université de Genève

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